Collaboration avec le diable
juin 6th, 2011 § Laisser un commentaire
On a pris le soin de me prévenir,
Quand j’étais encore naïf, innocent,
De ne jamais, au grand jamais,
Vendre mon âme au diable.
Pourtant, les années se suivent,
Et jamais le diable ne m’as fait d’offre.
J’ai dû me résoudre à accepter,
Que mon âme ne l’intéressait pas.
Le cornu a beau se faire désirer,
Des mortels prennent gentiment sa place.
Ils ont la puissance en moins, cela va de soi,
Mais le nombre en plus: l’effet est donc comparable.
J’ai appris, peu à peu, à apprécier cette masse,
Si pratique, si silencieuse, si malléable,
Qui faisait, si facilement, de moi l’ange,
Tant que j’arrivais à faire d’eux les diables.
Ne vends jamais ton âme au diable!
L’homme-à-la-limousine en a fait les frais.
Les mains propres avec tant de sous, c’est impossible.
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mes poches.
Mademoiselle-au-tatouage-étrange n’y a pas échappé.
Une marque comme celle-là, rien de bon ne présage.
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mon cœur.
Monsieur-qui-dort-le-dimanche-matin aussi.
Quand l’homme en robe condamne, qui ose réhabiliter?
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mon esprit.
Madame-la-sœur-du-ministre a eu sa part.
A l’abri du besoin, une vie crée forcément des rancœurs.
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mon nom.
Mais un jour, au lieu de propreté,
Le meuble sans cesse nettoyé
Finit par ne plus évoquer
Qu’une allergie à la poussière.
Une voix jusque là étouffée,
Finit par demander exaspérée,
Si j’avais écouté, évalué, jugé,
Une seule fois un diable avant de le pendre.
Et alors, alors que je m’apprêtais
À balancer la formule salutaire,
À clore hâtivement l’affaire,
Un souvenir vint tout foutre en l’air.
L’homme en robe racontait l’histoire
De l’Être Suprême qui voulait éprouver une foi.
L’affaire nécessitant malheureusement une sale besogne,
Le cornu en personne, vint proposer une collaboration.
Sa Sainteté accepta alors l’offre, sans se gêner.
C’est bien ce que j’appelle sans hésiter,
Dans d’autres circonstances, cela va de soi,
Vendre son âme au diable!
Mais gare, gare, me dis je, à qui fera de même!
Sa Toute Puissance ne craignant rien ni personne,
A quoi bon s’interdire de traiter avec le diable?
Ce fut assez pour dénuder mon diable intérieur:
La peur inavouée de la différence, de l’inconnu,
Aime se déguiser en passion d’une prétendue pureté.
Mais ces couteaux qui refusent de servir,
Ne doivent leur éclat qu’à leur inutilité.
Quand viendra donc le moment des louanges d’adieu,
Chantez plus les collaborations délicates que j’ai réussies,
Plutôt que toutes celles que la peur m’a fait éviter,
Et je m’endormirai le cœur léger, l’âme satisfaite.
Au prochain passage d’un de ces ‘diables’,
Lui ayant demandé le prix nécessaire,
Je lui vendrai mon âme.
Ou alors une copie.
– schemer
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Image crédits: @NevineZaki sur twitter
Cette solidarité interconfessionnelle a été observée dans les deux sens.
Bear in mind that this pic was taken a month after z Alexandria bombing where many Christians died in vain. Yet we all stood by each other—
Nevine (@NevineZaki) February 03, 2011
