De quoi sont faites les visions (Visions – Partie 2)
janvier 30th, 2011 § Laisser un commentaire
Ce texte est le second d’une série sur les visions (le premier est disponible ici : http://erickedji.wordpress.com/2011/01/30/un-mot-qui-revient-souvent/). Il n’a pas été relu par des tiers, et contient certainement plein de coquilles. Mais c’est le prix à payer pour fidèlement rendre l’idée de l’être imparfait et égaré, qui se cherche, et qui n’a d’autre arme que son imperfection.
Je vis dans un peuple et une époque où les visionnaires se font rares. Dans un livre particulièrement lu, il est écrit : “sans vision, le peuple s’égare”. Le membre du ‘bas’ peuple que je suis, à défaut de trouver un visionnaire à suivre, et fatigué d’une errance qui n’a que trop duré, essaye d’apprendre à construire lui-même des visions pour guider sa vie; et ceci, armé du simple bon sens.
Les visions sont à la mesure des Hommes auxquels on les attribue en général. L’aura de mystère et de grandeur qui entoure ce concept en fait un territoire inconnu pour la personne qui se trouve ordinaire. Mais construire une vision est avant tout dompter l’inconnu et l’incertain. Et pour la personne ordinaire, la première inconnue, la première incertitude, qui demande à être domptée, c’est bien la notion même de vision.
→ Qu’est-ce qu’une vision n’est pas, et comment elle en diffère
Ni mes rêves, ni mes espoirs ne me semblent constituer toutes seules des visions.
Mes rêves naissent chaque fois que mes désirs se projettent dans le futur. Mais un rêve est bien trop flou pour s’identifier à une vision. Pire, le rêve a tendance à rester flou, puisque toute tentative d’en saisir les détails me ramène bien vite aux contraintes de la réalité, celles-là même que je voudrais fuir. Pour pouvoir me sortir de l’errance, une vision se doit d’être elle même claire. Si être claire l’oblige à traiter avec des réalités amères, tant mieux : j’ai plus besoin de guide averti que de marchand de bonheur.
L’espoir est bien utile chaque fois que je suis réduis à attendre un secours extérieur. Mais les choses qu’on espère sont trop peu soumises à notre volonté pour constituer une vision. Si une vision peut se permettre d’attendre passivement la réalisation d’une quelconque prophétie, je suis loin d’être sorti de l’auberge.
→ Qu’est-ce qu’une vision pourrait être
Avant d’aller plus loin, j’ai besoin d’une métaphore pour cette idée de vision, le mot ‘vision’ étant trop abstrait pour ma petite tête. Puisque le problème initial était l’égarement, considérer la vision comme un guide devrait faire l’affaire.
Une vision est un guide. Non pas simplement un guide pour atteindre un but, mais un guide pour sortir d’une situation que l’on ne supporte plus. Construire une vision, c’est d’abord décider où on veut aller, et ensuite comment s’y rendre.
→ Choisir la destination
C’est de ne s’être pas suffisamment interrogé sur ma destination que je me retrouve à défendre des causes qui ne sont pas miennes, à poursuivre des objectifs définis en choisissant simplement le contraire de ce que font mes ‘adversaires’, ou encore, à viser des buts qui changent à chaque fois que je m’en approche.
La tentation est grande, chaque fois que je choisis un but, de me dire que tout ce qui est différent de ma situation présente fera l’affaire. Ce faisant, je néglige aisément d’analyser les problèmes propres à mon choix, fermant ainsi la porte à des objectifs plus désirables, plus faciles à atteindre, ou plus soutenables dans le long terme. Bref, je me pénalise dès le départ par le choix d’un objectif truffé de problèmes accidentels, et dont je me serais bien passé.
Cette tendance à choisir mes objectifs de manière expéditive, me semble provenir d’une faiblesse que je partage avec tout le genre humain : la difficulté à avoir des idées inhabituelles. Cette difficulté est peut-être due à un cerveau qui donne trop vite des réponses par défaut, avant même que je n’ai eu la chance d’être conscient de la question. Mais à force de “et si …”, “pourquoi ne pas …”, “de quelle autre façon …”, etc., je peux forcer mon esprit à ralentir, et remettre systématiquement en cause les réponses évidentes qui me viennent à l’esprit.
L’ensemble des réponses que j’aurai trouvé à ces questions va former mon objectif. Mais encore faut-il identifier, et analyser, sans complaisance, tout ce qui peut soustraire le but identifié à ma volonté. Il s’agit ici de me convaincre que mon but n’est pas impossible à atteindre. Pour ce faire, rien de mieux que de tenter de démontrer, de manière irréfutable, que mon but est impossible à atteindre. Cet exercice devrait me permettre de déjouer la tendance naturelle à taxer les objectifs que je ne me sens pas la force ou la volonté d’atteindre d’impossibles, afin d’avoir la conscience tranquille.
Mon but doit donc être calmement choisi, et ne pas ignorer les contraintes de la réalité. Cependant, la tentation est trop grande de m’enfermer dans la petitesse, sous prétexte que la réalité du terrain me l’impose. Garder à l’esprit la réalité du terrain, c’est tout simplement la connaître et se préparer à l’affronter. J’ai besoin de croire en ma capacité à créer ce qui n’existe pas encore et vaincre ce qui ne l’a jamais été jusque là. Il suffit, pour cela, que je m’accorde la permission de vivre, un jour, ce que je n’ai encore jamais vécu : ce n’est certainement pas trop demander.
→ Tracer le chemin qui mène à la destination
Une fois que j’ai choisi où je veux aller, et me suis convaincu que mon but fait partie du domaine du possible, il me faut tracer le chemin qui y mène, et me préparer à tenir tête à tout ce qui peut m’en écarter.
Tracer le chemin qui mène au but, c’est trouver une stratégie, un ‘comment’, suffisamment crédible pour me convaincre moi-même qu’elle me mènera au but. Une stratégie doit pouvoir se décliner en quelques phrases. Elle est supposée saisir l’esprit même d’une démarche.
La stratégie, c’est quand ce bébé harcèle sa maman tant qu’il n’a pas eu son lait. C’est quand cette petite fille fait l’enfant modèle chaque fois qu’elle veut une nouvelle poupée. C’est quand cet adolescent multiplie les actes d’insoumission jusqu’à ce que ses amis ne lui reconnaissent le titre de gangster. C’est aussi quand cette demoiselle prend la parole partout, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus l’ignorer.
La stratégie décrit donc l’approche générale pour atteindre mon but. Mais à quoi bon élaborer une stratégie et l’appliquer, si, à côté, je laisse d’autres choses torpiller mon plan? Il est crucial d’anticiper et me prémunir contre les inévitables désirs de court terme qui viendront inévitablement détourner mon attention.
J’ai besoin de rendre mon but suffisamment omniprésent et vivace dans mon esprit pour qu’il devienne quasi-réel, pour que je puisse trancher en sa faveur, chaque fois qu’un désir de court terme essaie de voler mon attention. Il semble que penser au but sous la douche marche plutôt bien. Et si je suis toujours trop faible devant la tentation, je trouverai le moyen de croiser plus rarement son chemin.
A cette étape, on peut parler d’une vision construite : j’ai un but (librement et patiemment choisi), une foi solide en la possibilité de l’atteindre (je n’ai pas réussi à démontrer le contraire), une stratégie qui me convainc (l’esprit même de l’approche), et les moyens de continuer à trouver mon but plus attrayant que tout.
Le reste n’est plus qu’action; du moins, je le crois. Ce n’est certainement pas la partie la plus facile.
Credits: artwork by Haru Niji on DeviantArt (http://haruniji.deviantart.com/art/The-Lost-122131829)
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