L’Afrique est au développement ce que Mars est à la NASA (Dambisa Moyo au Jespson School of Leadership Studies)
août 13th, 2010 § 3 Commentaires
Ce texte est la traduction française de l’intervention de Dambisa Moyo au “Jepson School of Leadership Studies”.
Bonsoir et merci beaucoup d’être venus. Ça me fait vraiment plaisir, et je dois dire que je ne le considère pas du tout comme acquis. Ayant grandi en Afrique, et ayant passé une bonne partie de cette année à voyager; voyages pendant lesquels on m’a lancé des tomates, et même frappé à Toronto. Je comprend que l’on ne doit pas considérer comme acquis l’opportunité de présenter ses points de vue, même s’ils ne font pas toujours plaisir à entendre.
Je voudrais commencer par dire toute ma gratitude à Dinpert??, à Sue Robinson que je n’ai pas encore rencontrée, et Shanon Best?? . Il faut dire que ça n’a pas du tout été facile de préparer mon intervention ici. C’est généralement difficile certes, mais je dois que c’est une préparation particulièrement difficile que …?? et …?? ont eu à faire. J’apprécie vraiment la ténacité et l’attention dont ils ont fait preuve en me donnant l’opportunité d’être ici. Merci donc énormément où que vous soyez dans la salle.
Ce que j’ai prévu de faire aujourd’hui, c’est d’abord partager avec vous une partie de l’information et de l’expérience que j’ai accumulées depuis la sortie de mon livre, plus tôt cette année, au printemps. Ensuite, je parlerai en particulier de la raison pour laquelle je pense que la politique d’aide ne marche pas, et en fait, est en train de contribuer à l’aggravation de la pauvreté et de la situation économique sur le continent. Enfin, je vous quitterai sur quelques bonnes nouvelles, qui sont qu’il y a des moyens alternatifs pour financer le développement économique, et qu’il y a une meilleure manière d’aider l’Afrique à devenir un partenaire comme les autres sur la scène internationale.
Je voudrais commencer par vous dire que je n’ai jamais pensé citer votre ancien président George W. Bush, mais il a dit quelque chose de brillant, que je trouve important, je cite, “Il faut se méfier de la condescendance des faibles attentes”. Je dois dire qu’au sujet de l’Afrique, nous, en tant que communauté mondiale, avons considéré la situation avec des attentes faibles. Nous avons placé la barre très bas non seulement au sujet de ce que les Africains peuvent faire, mais aussi au sujet du continent Africain en général.
Je reviendrai sur ce point plus tard, mais la réalité est qu’il n’existe aucun pays sur terre aujourd’hui, nulle part, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Asie, en Europe, nulle part sur terre, qui ait réussi une croissance économique à long terme, et réduit substantiellement la pauvreté, en s’appuyant sur l’aide. Et pourtant, nous continuons à promouvoir une politique d’aide en Afrique. J’ajoute aussi que nous savons comment créer de la croissance et réduire la pauvreté. Laissez-moi vous rappeler que nous vivons une époque incroyable, où nous venons de voir la Chine sortir 300 millions de personnes de la pauvreté, sur 30 ans. 300 millions de personnes! Et nous savons aussi que ça n’a rien à voir avec l’aide. L’inde compte aujourd’hui 450 million de personnes dans sa classe moyenne. Elle a la plus grande classe moyenne au monde. Il y a plus de personne de la classe moyenne en Inde qu’il n’y en a dans toute l’Europe. Encore une fois, nous savons que l’Inde n’a pas réussi cela en s’appuyant sur l’aide, autant que les pays Africains le font aujourd’hui. Et pourtant, nous continuons à promouvoir une politique d’aide en Afrique.
Tout au long de la discussion aujourd’hui, je voudrais vous rappeler qu’il y a plus de personnes pauvres en Chine qu’il n’y en a en Afrique. Il y a plus de personnes pauvres en Inde qu’il n’y en a en Afrique. Et pourtant, regardez comment nous décrivons l’Afrique et les Africains. Dans le livre, j’appelle cela “les quatre chevaliers de l’apocalypse Africaine”. On ne parle que de guerres, de maladies, de corruption et de pauvreté. Et pourtant, il y a plusieurs autres régions du monde où cette combinaison existe. Nous savons aussi que décrire un continent d’un milliard de personnes de cette manière, n’aide pas nos jeunes à avoir de la confiance en eux pour devenir des partenaires sur la scène internationale avec leurs pairs. Ce type de portrait ne nous aide pas non plus à attirer de l’investissement, dont nous avons tant besoin à travers le continent. Personne n’a envie d’investir dans un endroit considéré comme infesté de maladies, de pauvreté et de corruption. Et pourtant, c’est ainsi que l’on dresse le portrait de l’Afrique. Vous n’avez qu’à regarder la télé. Je suis toujours surprise, quand je viens aux Etats-Unis, en particulier dans la période de Noël, par combien d’organismes caritatifs utilisent les enfants Africains comme moyen de collecter de l’argent pour leurs organismes. On voit rarement des enfants Chinois; on voit rarement des enfants Indiens. On n’a pas pitié de la Chine; on n’a pas pitié de l’Inde. Cependant, dans les 40 dernières années, il y a eu une propagande réussie pour considérer les Africains comme pauvres, désespérés, et incapables de subvenir eux-même à leurs besoins.
Je veux commencer par dire que nous sommes d’accord sur un certain nombre de choses. Même si on peut me décrire comme anti-aide, controversée, et un autre considéré comme pro-aide, la réalité est que nous sommes tous dans le même camp. En particulier, il y a trois choses avec lesquelles nous sommes tous d’accord.
Primo, personne ne veut que l’Afrique reste pauvre et dépendante de l’aide éternellement. Je pense que nous espérons tous un jour où l’Afrique et les Africains seront des partenaires comme les autres sur la scène internationale. Soi dit en passant, je donne toujours l’opportunité aux gens, s’ils pensent qu’il veulent voir l’Afrique rester pauvre, de lever la main et m’arrêter d’entrée de jeu. Mais je pense qu’en général, nous espérons un jour où l’Afrique et les Africains sont présents sur la scène internationale. Je me souvient de mon directeur de thèse Popcolia?? — il était à …?? récemment — qui parlait du fait que l’Afrique se démarque du reste du monde. En effet, le reste du monde va dans une direction, réalisant des progrès majeurs en termes de développement économique, et de réduction de pauvreté, pendant que l’Afrique va dans l’autre. Mais je pense qu’on a tous mare de cette histoire, la triste histoire de l’Afrique. On attends tous de bonnes nouvelles. C’est la première chose sur laquelle nous sommes d’accord.
Secundo, nous sommes tous d’accord, je pense, qu’il est impératif que les gouvernements Africains prennent les devants de la lutte pour le développement et la réduction de la pauvreté en Afrique. Ça n’a pas de sens que le président Américain, les présidents Européens, ou les Africains comme moi même, de simples particuliers s’inquiètent plus des problèmes du continent Africain que les gouvernements Africains. Nous avons besoin d’inciter les gouvernements Africains à faire ce qu’il faut pour le peuple Africain, on a besoin qu’il soit motivés pour faire avancer le train dans la bonne direction. Je me rappelle d’un article que le président du Rwanda, Paul Kagame, écrivait dans le Finantial Times en Février dernier. Il disait “Ne considérez pas que vous vous inquiétez plus pour notre continent que nous”. Et c’est une partie du problème. Il est une tendance chez ceux qui vont en Afrique, qui essaient d’aider notre continent, de penser qu’il s’inquiètent plus pour notre continent [que nous]. Ce n’est pas du tout le cas, et en réalité, ce n’est pas un problème de l’Afrique, mais un problème mondial. Nous devons tous être concernés, et s’assurer que les gouvernements Africains prennent les devants de la lutte. Vous ne devriez pas souhaiter m’écouter, mais plutôt écouter les présidents Africains. Ce sont eux qui devraient se tenir ici, au front, nous expliquant, en tant que citoyens du monde, quel est le plan pour l’évolution de l’Afrique.
Mon troisième argument, je dois l’admettre, est en fait emprunté. Plus tôt cette année, j’ai été invité en Norvège, où je n’ai jamais été. La Norvège qui, pour ceux qui ne savent pas, consacre environ 1% de son PIB à l’aide. J’ai donc été vraiment surprise quand le ministre du développement international de Norvège m’a dit qu’il m’invitait à Oslo, la capitale de la Norvège. Je me suis dit pourquoi pas — d’ailleurs ils s’occupaient de tout, et ça me faisait des vacances –, j’y suis donc allée, et ai passé un bon temps. Le ministre du développement international a dit quelque chose qui m’a profondément choquée. En fait, il argumentait en ma faveur. Il disait “Bien que la Norvège donne 1% de son PIB à l’aide” — et ils supportent effectivement la politique d’aide — “nous devons admettre, en tant que citoyens du monde, que l’aide a contribué au dysfonctionnement des gouvernements Africains, qu’on le veuille ou pas. Et plus tôt nous l’accepterons, mieux ce sera.” Je suis presque tombée de mon siège, et ai laché “voyons, Mr le ministre, vous défendez mon point de vue!”
L’idée ici est que l’aide est en train de rendre nos gouvernements paresseux. Je reviendrais sur ce point plus tard, mais pour le moment, disons que d’une part, nous savons qu’il y a la question de la corruption, beaucoup de gouvernements Africains aujourd’hui et de part le passé ont volé de l’argent qui était destiné à aider les peuples Africains. Mais même dans le meilleur des cas, quand le gouvernement ne détourne pas les fonds, nous créons une situation sur le continent Africain, où nos gouvernement abandonnent leurs responsabilités de nous approvisionner en biens publics.
Je reviendrais dessus plus tard, mais pour le moment, rappelez-vous tout simplement comment vous vivez aux USA. Le président Obama sait que les Américains ne voterons jamais pour qu’il reste à la maison blanche jusqu’à sa mort. Et les Américains vont voter chaque quatre ans, et jugent le mandat, sur la base des biens publics comme l’éducation, la santé — qui est en ce moment l’objet d’un débat houleux aux États-Unis –, les infrastructures et la sécurité. En Afrique, ces biens, l’éducation, la santé, les infrastructures, et la sécurité, sont fournis pas des étrangers.
Je reviendrais sur ce point plus tard, parce que cela touche le coeur du sujet. En effet, vous nous demandez d’élire nos leaders. Mais à quoi bon élire ces leaders, dans un processus démocratique, alors qu’ils ne nous fournissent pas les biens et services dont nous avons besoin. En fait, dans la tournée de promotion de mon livre, quand j’étais au Kenya, quelqu’un a levé sa main et a dit “Vous savez, ce que vous dites en fait, c’est que nous devrions passer notre temps à voter pour le Gates Foundation vs US AID, parce que ce sont eux qui nous fournissent les biens.” Ça sonne comme une blague, mais en fait, touche vraiment le cœur du problème.
Quoi qu’il en soit, laissez moi vous rappeler rapidement:
- personne ne souhaite que l’Afrique reste dépendante de l’aide et pauvre éternellement
- nous avons besoin de gouvernements Africains motivés
- l’aide a contribué au dysfonctionnement des leaders Africains
Je veux dire quelques autres choses avant de me lancer dans mon attaque virulente au sujet de la raison pour laquelle la politique d’aide ne marche pas en Afrique.
D’abord, comment définir l’aide? Évidemment, il y a énormément d’argent qui va en Afrique chaque année. L’estimation actuelle est d’environ 100 milliards de dollars qui vont en Afrique sous la forme d’aide gouvernementale chaque année. Dans le livre, je découpe l’aide en trois catégories.
La première catégorie est ce que j’appelle l’aide humanitaire d’urgence. Pensez au type de réponse à Katrina, une inondation au Mozambique, un tremblement de terre en Iran, ou récemment, le tsunami en Indonésie, ou celui de 2004. Je pense que c’est un impératif moral, pour nous humains, d’intervenir quand ce genre de tragédie arrive. Mon livre n’est donc pas une critique de l’aide en situation d’urgence.
Le second type d’aide est ce que j’appelle l’aide des organisations non gouvernementales (ONG), ou la charité. Ici, il s’agit de donner dix dollars pour construire un puits en Zambie, mon pays natal, or donner vingt dollars pour qu’une fille soit scolarisée au Kenya. Je dois vous dire que moi même suis impliquée dans un certain nombre d’organismes caritatifs. Je fait partie du comité de direction d’un organisme caritatif éducatif; je fait partie du comité de direction d’un organisme caritatif contre le VIH. Cependant, je ne me fait pas d’illusion, comme quoi, parce que je me rend utile à petite échelle, l’on va magiquement arriver à une réduction de la pauvreté en Afrique, et que ce continent va se mettre à croître de manière suffisamment rapide, pour voir les revenus des gens s’améliorer. Les types d’interventions que font les organismes caritatifs sont des solutions bornées.
Nous cherchons désespérément en Afrique le moyen de réformer le système, pour que les Africains puissent réellement trouver des solutions pour créer de la richesse et du travail pour eux-mêmes. Je voudrais vous rappeler que 60% de la population Africaine a moins de 20 ans. Je vais le dire encore une fois, parce que les gens ne saisissent pas vraiment ça la première fois. Plus de 60% de la population Africaine a moins de 24 ans. Il est des pays en Afrique où plus de 50% de la population a moins de 16 ans. Nous avons une population extrêmement jeune, cherchant désespérément un emploi. Quand je retourne chez moi en Zambie, et que je m’arrête aux feux tricolores, je ne peux pas vous dire combien de jeunes, dont beaucoup on été au lycée, certains même à l’université, sont dans la rue, à vendre des babioles, des dvds, des t-shirts, des documents, des miroirs, etc., parce qu’il n’y a pas d’opportunité d’emploi. Nos pays ne croissent pas suffisamment vite pour s’assurer que ces jeunes aient un emploi.
Mesdames et messieurs, ceci est une recette pour la catastrophe. Parce que nous auront de plus en plus de jeunes aigris dans la rue, et à la longue, sans travail et sans opportunités, nous en arriveront à ces nids de terrorisme, que nous avons déjà vu dans des états ratés comme la Somalie.
Très rapidement ici, un ami Somalien à moi, qui a quitté la Somalie depuis 1992 m’a dit — en fait, je ne sais pas si quelqu’un s’en rappelle, mais c’était la nuit où l’on avait arrêté et emmené aux USA un jeune pirate Somalien de 17 ans – “les gens ne semblent pas se rendre compte que depuis 1992, toute personne née en 1992 ou après, donc âgé de 17 ans au maximum, en Somalie, n’a pas passé un seul jour à l’école.” On a donc une masse, toute une génération perdue de jeunes, qui n’a aucune porte de sortie.
Revenons à nos moutons. Le premier type d’aide est l’aide humanitaire d’urgence, le second est l’aide des association caritatives non gouvernementales. Ne nous voilons pas la face au sujet de ce que ce type d’intervention peut faire. Il peut servir à envoyer les filles à l’école, mais il ne peut pas faire croître l’Afrique suffisamment vite pour créer des emplois pour ces jeunes dans la rue. Je dois aussi préciser que les Nations Unies ont estimé que l’Afrique a besoin d’une croissance de 7% au moins par an pour faire face à la pauvreté, créer suffisamment d’emplois, pour réduire la pauvreté. Pour vous aider à évaluer la situation, la croissance prévue en Afrique cette année est de 1.8%.
Mon livre ne porte pas sur l’aide humanitaire d’urgence, ni sur l’aide des organismes caritatifs. Mon livre porte plutôt sur le troisième type d’aide, qui est le flux d’argent de gouvernement à gouvernement qui va en Afrique chaque année. Comme je disais, cela s’élève aujourd’hui à environ 100 milliards de dollars par an.
C’est ce type d’aide qui existe depuis une soixantaine d’années. C’est environ mille milliards de dollars de cette aide qui a été envoyé en Afrique. Cela correspond à une centaine de dollars pour chaque femme, homme, et enfant sur terre aujourd’hui. Et depuis que cette aide a commencé, les perspectives de croissance de l’Afrique on constamment chuté. Nos revenus ont diminué dans les 40 dernières années. A titre d’illustration, dans les années 70, 10% d’Africains vivait avec moins d’un dollar par jour. Aujourd’hui, plus de 70% vivent avec moins d’un dollar par jour.
Il est évident que quelque chose ne va pas. Et pourtant, les gens ne veulent pas discuter de pourquoi nous avons une stratégie de développement pour le reste du monde (Chine, Inde, Brésil, Russie, même l’Afrique du Sud), et une toute différente stratégie à travers le continent. Ce sont les faits.
Laissez moi vous citer mes 10 principales raisons pour lesquelles la politique d’aide ne marche pas. On m’a dit que c’est une bonne façon de procéder. Mais j’ai changé d’avis, parce que sinon personne n’achètera le livre (rires). Je vais donc juste aiguiser votre appétit, et nous en parlerons un peu plus pendant la séance de questions-réponses.
Soit dit en passant, les intentions derrière la politique d’aide sont louables n’est-ce pas? On veut aider, n’est-ce pas une bonne idée que de donner de l’argent pour porter secours? Je dois dire que si j’étais un décideur dans les années 50, j’aurais probablement supporté sans réserve la politique d’aide. Nous venons juste de sortir du plan Marshall, après la deuxième guerre mondiale, et le plan Marshall consistait en une centaine de milliards de dollars, envoyé depuis les USA vers les pays Européens, pour les aider à se reconstruire. Si j’avais été présente, ayant vu les résultats, j’aurais probablement été la plus grande défenseuse de la politique d’aide.
Rappelez-vous mesdames et messieurs que l’idée de l’aide en ce moment était très simple. On va envoyer de l’aide, l’aide va générer de l’investissement, l’investissement va produire de la croissance, et avec la croissance, on aura une réduction de la pauvreté. Très simple. Mais ce que nous avons vu, quarante, cinquante ans plus tard, est que bien que l’aide ait augmenté au fil des années, la croissance a chuté, et comme je disait précédemment, la pauvreté a augmenté. Pourquoi?
Si vous sortez tout de suite, dans l’Université de Richmond, et demandez à une centaine de personnes pourquoi ils pensent que l’aide ne marche pas en Afrique, je parie que la plupart parleront de corruption. J’en parle comme la première raison, et je ne vais pas m’attarder là-dessus. Je pense que beaucoup de gens acceptent les faits, on voit les unes des journaux tout le temps sur comment l’on vole de l’argent sur le continent Africain. Certains de mes critiques m’ont dit “Oh, vous savez, c’est une vieille histoire.” Malheureusement, ce n’est pas une vieille histoire, ça continue encore aujourd’hui. L’ancien président de mon propre pays a été impliqué, cette année, dans un scandale, ayant détourné des millions de dollars vers la Suisse. A côté de la Zambie se trouve le Malawi, où l’ancien président, en ce moment même, est impliqué dans un scandale de détournement de 15 millions de dollars, destinés à la lutte contre le VIH-SIDA.
La question de la corruption reste donc d’actualité. Si vous ne me croyez pas, chaque année, Transparency International, qui est une ONG, classe tous les pays suivant ce qu’il appellent l’indice de perception de corruption (CPM: Corruption Perception Index). Les pays Africains sont régulièrement en queue de liste. Régulièrement. Les plus forts indices de corruptions. Quelques pays asiatiques par-ci par-là, oui, c’est normal, mais dans l’ensemble, les pays Africains dominent.
Comment est-ce possible? Et bien, une bonne partie de l’argent qui entre en Afrique passe par le gouvernement, l’argent est détourné, personne n’est tenu responsable. Je ne vais donc pas passer plus de temps sur la corruption, mais il est évident que l’aide qui arrive en Afrique contribue clairement à la corruption tant répandue dans le continent.
Des notions comme l’inflation, le poids de la dette, ce sont des choses qui sont bien documentées par des organisations comme la banque mondiale et le FMI, très clairement documentés comme étant les problèmes qui surviennent dans des économies fondées sur l’aide.
Le mécanisme de cette maladie — certains ici qui sont des économistes connaissent peut-être ce concept — est très simple. Nous avons des économies de petite taille; mon propre pays ne compte que 10 millions d’habitants. Déverser dans notre système économique des dollars Américains veut dire que nos devises locales deviennent très fortes, parce que de plus en plus rares. Ce qui veut dire que personne ne voudra acheter nos produits. Personne ne veut acheter de la marchandise d’un pays où c’est trop cher. Les gens perdent leurs emplois, la pauvreté gagne du terrain, et plus les gens sont pauvres, plus on a besoin d’aide. Il y a donc un cercle vicieux qui se dessine.
On sait aussi que l’aide contribue à tuer l’entrepreneuriat. J’aime bien avoir cette discussion aux Etats-Unis parce que c’est le berceau de l’entrepreneuriat. C’est incroyable combien d’idées et d’innovations viennent des USA. Pourtant, regardez en Afrique, faire fonctionner une entreprise est un véritable cauchemar.
Laissez moi vous donner quelques exemples. Chaque année, la banque mondiale publie un rapport intitulé “Doing Business around the world” (Les affaires, à travers le monde). Constamment, les pays Africains sont parmi les pires endroits pour faire des affaires. C’est un vrai cauchemar. Pendant que dans des pays comme l’Australie, on a besoin d’un jour à deux pour avoir une licence d’affaires, il est des pays en Afrique où cela peut prendre deux ans!
Cela vous donne-t-il l’impression que nos gouvernement cherchent à créer des emplois, à créer des opportunités pour l’entrepreneuriat? Moi pas. Et la raison en est que les gouvernements ne comptent pas sur les taxes pour rester en poste, ils comptent sur l’aide. Le lien est de plus en plus alarmant entre l’aide et les troubles et guerres civiles. Je ne sais pas si les gens sont au courant, mais rien que cette année — l’Afrique compte environ 53 états — nous avons eu 4 coups-d’état. 4 coups d’états dans des pays Africains, rien que cette année. Un ami me rappelait que nous ne sommes pas encore en Décembre, donc tout peux encore arriver. On ne doit pas non plus oublier qu’il y a eu plus de troubles civils et de guerres civiles en Afrique dans les années 90, que dans le reste du monde.
Quel est le lien avec l’aide? Le lien est que la grande majorité de l’argent dans ces systèmes économiques passe par le gouvernement. Il n’y a pas de secteur privé actif, où les gens peuvent aller voler de l’argent ou créer de la richesse. Il y a donc tout le temps des factions rebelles qui essayent de renverser le gouvernement. Il s’emparent donc du pouvoir, pour mettre la main sur la richesse, qui arrive dans le pays sous forme d’aide. Pendant qu’on y est, il n’y a aucune sanction pour ce genre de comportement. Comme on le sait, il y a plein de pays où le président est au pouvoir depuis quarante, trente, vingt ans, c’est loin d’être rare. Même dans des pays comme le Zimbabwe, qui sont critiqués constamment par les média occidentaux, des gens comme le président Mugabe, ont non seulement reçu de l’aide des Etats-Unis et du Royaume-Uni ces dix dernières années, mais vous continuez à maintenir des relations diplomatiques avec le gouvernement Zimbabwéen. Il y a une ambassade des USA au Zimbabwe, tout comme il y a un consulat Britannique.
La croyance selon laquelle le monde vole au secours de l’Afrique est donc absolument fausse. Dans le livre, je parle de 200 millions de dollars qui sont allés au Zimbabwe à travers le gouvernement dans les dernières années. Et cela vient des gouvernements Americain et Britannique. Tout ceci est tiré de leurs données, ce sont des informations publiques, vous pouvez donc aller vérifier vous même.
Vous pouvez oublier tout ce que j’ai dit, mais j’espère que quand vous partirez d’ici, vous vous rappellerez de ce que je suis sur le point de dire. Voici: la culture d’aide dépossède les Africains de leurs droits. Il y a une raison, mesdames et messieurs, pour laquelle vous voyez rarement les Africains sur la scène internationale, nos présidents y compris, expliquant ce qui arrive à notre continent.
Le fait que nous considérions, en tant que communauté planétaire, qu’il est normal que des star participent aux réunions du G20, je veux dire, les réunions de la banque mondiale et du FMI, est ridicule. Les Americains ne toléreront jamais que Mike Jagger ou Bruce Spinting?? parlent de la crise de l’immobilier pendant que le président Obama garde le silence. C’est cependant le monde dans lequel vous nous demandez de vivre. Nous, debout sous le chaud soleil Africain, élisant nos leaders, et pourtant, le monde se fout royalement de ce qu’ils ont à dire. Raison pour laquelle vous ne les entendez jamais. Vous préférez entendre les stars, qui, je pense, malheureusement, bien qu’ils soient très populaire, ont tendance à insister sur les clichés négatifs de l’Afrique.
Je n’aurais pas été si critique à leur égard, s’ils utilisaient leur popularité de manière positive. Cependant, ils continuent à perpétuer cette image négative de l’Afrique. Une femme Kenyane m’a dit, “Comment voulez-vous qu’on élève les jeunes Africains pour devenir des citoyens modèles du monde, si vous nous racontez tout le temps que nous ne sommes pas assez bons, nous sommes trop pauvres, nous ne sommes pas intelligents, et que nous ne sommes pas des partenaires comme les autres sur la scène internationale?”Elle a parfaitement raison. De la même manière, les psychologues vous diront que répéter à un enfant qu’il est nul n’est pas une bonne idée. Vous avez, méthodiquement, pendant quarante ans, claironné aux Africains qu’ils ne sont pas des partenaires comme les autres sur la scène internationale, qu’il sont nuls, qu’il ont des sociétés ratées, et vous continuez à décrire nos enfants à la télé de la pire façon.
On raconte quelque chose aux USA à propos du Boston Tea Party: “il n’y a pas de taxes sans représentation.” En Afrique, on a ce que j’appelle l’inverse du Boston Tea Party. Nous n’avons pas de représentation, parce qu’il n’y a pas de taxe.
Comme je disais précédemment, aux USA, vous demandez des comptes à votre gouvernement, parce qu’il savent qu’ils doivent satisfaire le peuple Américain, parce que c’est le peuple Américain qui paye les taxes: c’est une symbiose.
En Afrique, nos gouvernements passent pratiquement tout leur temps à draguer les donneurs internationaux. Parce qu’il peuvent rester au pouvoir, non pas à cause de ce que les peuples Africains pensent, mais à cause de ces donneurs internationaux.
Comme je disais précédemment, des choses comme l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité, ce que nous appelons les “biens publics”, sont fournis en Afrique, non pas par nos gouvernements, mais par la communauté internationale.
Laissez moi vous donner un exemple précis ici. La Zambie, mon pays, a dix millions d’habitants. Un tiers de la population Zambienne est séro-positive. C’est sans conteste une épidémie, et nous devons nous en inquiéter. Et pourtant, 95% de l’infrastructure autour des médicaments, pour aider les Zambiens à se procurer des médicaments anti-rétroviro, etc., est assurée par US-AID, ie. le gouvernement Américain. Et vous devez en être fier.
Mais en tant que Zambienne, ça me choque. Parce que le gouvernement des USA a ses propres problèmes. Un dixième de la population Américaine est au chômage. Votre pays emprunte de l’argent de la Chine. Vous avez des problèmes démographiques, vous avez des problèmes de santé. Et vous me demandez, à moi citoyenne Zambienne, de baser tout le système de santé de la Zambie sur un pays qui a sa propre crise financière? Ce n’est pas une solution durable. C’est ce genre de problème que mon livre essaie de révéler au grand jour.
Bien, maintenant, vous ayant complètement déprimé, je vais vous donner quelques bonnes nouvelles. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens alternatifs de financement de développement. Comme je disais précédemment, nous vivons un moment où nous avons tant d’exemples, plus de deux cents années d’exemples, de ce qui marche, ce qui crée des emplois, ce qui crée de la richesse.
J’aime bien le discours d’investiture de Barack Obama, quand il dit que “nous ne devons pas oublier que le système de libre-marché reste le meilleur. Il continue à créer de la richesse, et est aussi le meilleur moyen de créer la liberté.” Ce n’est, de tout évidence, pas un système parfait, comme nous l’avons appris ces 18 derniers mois, mais nous ne devons pas jeter le bébé avec l’eau de bain.
Malheureusement, dans le cas de l’Afrique, nous n’appliquons pas ce que nous, en tant que citoyens du monde, connaissons comme la boite à outils qui peut changer les choses pour de bon.
De quoi est constitué cette boite à outils? Des choses comme le commerce, l’investissement à base d’obligations, la microfinance, les transferts de fonds, l’épargne, les taxes. Ces choses que vos gouvernements utilisent pour financer la création d’emploi aux Etats-Unis, en Chine, en Europe, ne sont pas ceux que vous nous suggérez d’utiliser.
Considérons le commerce par exemple. C’est un fait établi que l’Afrique perd chaque année entre 300 et 500 milliards de dollars dans les exportations, à cause des subventions. Le gouvernement Américain a choisi de protéger les agriculteurs Américains, et franchement, même si en tant qu’Africaine cela joue contre moi, je comprends. Et je souhaiterais que les gouvernements Africains aussi se battent pour le peuple Africain. Raison pour laquelle je pense que c’est pure perte de temps, pour les leaders Africains, de passer leur temps à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), pour participer à des discussions houleuses à propos de l’ouverture du marché Américain aux produits Africains. Nous devrions plutôt employer notre temps à cibler des régions du monde qui ont, eux, vraiment besoin des produits Africains, la Chine étant l’une d’entre elles. Il y a environ 1,3 milliard de personnes en Chine, avec 7% de terres arables, la Chine a désespérément besoin de produits alimentaires. C’est une belle opportunité pour l’Afrique de vendre des produits alimentaires sur ce marché, au lieu de passer son temps à tenter de s’introduire dans le marché Américain.
Comme je disais précédemment, faire des affaires en Afrique peut être un vrai cauchemar. Je vous donne ici, rapidement, un exemple. Je suis allée au Rwanda, au Kenya, et en Tanzanie, qui sont trois pays très proches l’un de l’autre en Afrique. J’ai eu besoin de trois visas, et j’ai du changer de devise trois fois. Une fois encore, ça ne m’a pas du tout l’air d’une formule pour attirer de l’investissement. En tant qu’Africaine, ça m’a vraiment lassée. Si j’étais une investisseuse internationale, projetant de m’installer dans ces pays, je serais certainement lassée. La notion d’intégration régionale est bien établie ici, mais aussi en Europe. Et pourtant, nous savons que ça marche théoriquement, mais en pratique, cela ne se concrétise pas en Afrique.
Je ne veux pas prendre beaucoup de [votre] temps. Je veux juste dire deux autres choses. Une est liée à ce que nous devons faire avec le système d’aide. Dans le livre, je propose un période transitoire. Une partie du problème est que les gouvernements Africain considèrent l’aide comme un revenu permanent. Ils pensent qu’il y en aura toujours. En fait, on les encourage à penser comme ça. Oh, ne vous inquiétez pas, parce qu’on vous aidera toujours. En fait, quelqu’un en Europe m’a dit, c’est tout comme un adolescent qui se vautre sur le divan, et chaque mois, vous lui dites, écoute, tu vas aller chercher un boulot, et il dit, oui, oui, oui, et le mois suivant vous dites, écoute, tu ne t’es toujours pas levé, il faut que tu ailles trouver un emploi. C’est quelque chose comme ça, nous avons besoin d’un amour rigoureux, pour que les gouvernements Africains deviennent des partenaires comme les autres, comme je n’ai cessé de la répéter, sur la scène internationale.
Comment y arriver? Ma recommandation est d’avoir une politique explicite et transparente, qui dit que dans un certain intervalle de temps, l’aide va commencer à diminuer. C’est en fait déjà en cours, heureusement pour moi, mais malheureusement pour beaucoup d’autres. C’est en partie à cause de la crise économique, les gouvernements occidentaux serrent leur budgets, et ne donnent plus autant d’aide que de part le passé. Mais nous savons aussi comment l’aide a marché de part le passé dans le cadre du plan Marshall, pour ceux que j’appelle les diplômés de l’aide (des pays comme la Corée du Sud ou le Botswana). Ça a marché quand les gens sont allés avec l’argent, pour une période fixée, puis sont partis. Le plan Marshall, comme je disais précédemment, a duré 5 ans. Le problème en Afrique est qu’il s’agit d’un engagement illimité. Personne ne veut avoir une discussion à propos de la fin de l’aide en Afrique. Les gens montent toujours sur leurs grands chevaux et se mettent à crier que je tue les enfants Africains, même quand je ne fait que suggérer que nous devrions avoir une discussion sur la fin de l’aide. Une fois encore, je cite le président Kagame ici, il disait “le seul type d’aide qui marche en Afrique est celui qui s’assure de ne pas exister dans le futur.”Personne n’en parle, tout le monde pense que l’aide devrait continuer, aucune discussion sur sa fin.
Je vais terminer ici avec une citation d’un ami à moi, un ami Nigérian, qui m’a vraiment découragée d’écrire ce livre. Il m’a dit, tu sais, c’est complètement une perte de ton temps, pourquoi tu fais ça, tout le monde sait que l’aide ne marche pas, tu devrais te demander pourquoi ces personnes continuent à soutenir la politique d’aide en Afrique, quand ils savent qu’elle ne marche pas. J’ai parlé de long en large de la citation de George Bush à propos de la barre placée très bas pour l’Afrique, et finalement, il me dit: “L’Afrique est au développement ce que Mars est à la NASA.” Chaque année, nous dépensons des centaines de millions de dollars en recherche, expériences, analyses au sujet de Mars, de l’Afrique, mais en réalité, personne ne croit que nous vivrons un jour sur Mars, et le problème fondamental, est que personne ne croit que l’Afrique se développera un jour.
Mesdames et messieurs, merci beaucoup pour votre attention, c’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.

Pas mal, mais bien qu’a la fin la question soit évoquée : “tout le monde sait que l’aide ne marche pas, tu devrais te demander pourquoi ces personnes continuent à soutenir la politique d’aide en Afrique” la réponse donnée est une espece de blague.
La thèse exposée comme quoi l’afrique est une adolescente trop gâtée et c’est pour ca qu’elle se développe pas est bien trop simpliste et sert bien des idéologies.
La vérité c’est que l’afrique est une énorme source de richesse pour les pays développés, et c’est d’ailleurs pour ca qu’ils sont tant développés et que l’afrique l’est si peu, et l’aide (une certaine forme d’aide tout du moins) est juste un masque moralement acceptable pour continuer d’exploiter ce pays.
Si l’Afrique est pauvre, c’est pas parce que les gens des pays développés sont trop gentils, c’est plutôt parce qu’une grosse poignée de leaders, décideurs, etc y ont trouvé une source de revenue énorme en privant tous ses habitants des droits et des ressources les plus élémentaires.
Et ces leaders, ils sont autant africains qu’européens ou américains, en vérité la nationalité n’a pas d’importance quand on a choisi qu’il est moralement acceptable de s’enrichir sur le dos des autres au nom d’une idéologie. Idéologie qui peut se résumer a “si j’arrive a devenir riche, c’est que c’est moral, et si l’autre deviens pauvre, c’est de sa faute, il avais qu’a être aussi égoïste que moi”.
juste une petite correction : “juste un masque moralement acceptable pour continuer d’exploiter ce pays.” je voulais bien sur dire “ce continent”
@Joe:
Merci d’avoir pris le temps de laisser un mot sur cette traduction, c’est un plaisir de te lire.
Je crois que Dr. Moyo parle de “gentillesse” face à un “enfant gâté” par choix stratégique.
D’abord, quand on parle d’”enfant gâté”, on ne parle pas du peuple africain, mais des quelques dirigeants qui reçoivent (et dilapident) l’aide au développement.
Le livre du Dr. Moyo s’adresse principalement aux occidentaux, qui sont seul habilités en ce moment de mettre un terme à l’aide au développement (les marionnettes au pouvoir en Afrique continueront à l’accepter tant qu’on la leur donne).
Dr. Moyo sait que cette aide est une façade pour exploiter le continent. Mais ça ne l’arrange pas d’aborder le problème en ces termes.
Et puis, les gouvernements occidentaux et multinationales a qui cette exploitation profite directement ne vont pas changer pour faire plaisir au Dr. Moyo.
Elle essaie donc plutôt de toucher les contre-pouvoirs occidentaux (la presse, certaines associations, certains députés, les artistes comme Bono, le public en général) qui cautionnent l’aide sans comprendre qu’elle détruit l’Afrique, et en s’imaginant que leur pays vole au secours de l’Afrique.
Et pour toucher ces gens, sortir la question de l’exploitation n’est pas très efficace (on traîne les pieds en général quand il faut mettre fin à une exploitation qui nous arrange, même indirectement).
Elle joue donc sur cette idée si chère aux occidentaux, qui leur fait penser qu’ils assistent l’Afrique dans sa misère. Elle dit en quelque sorte: “c’est cool d’assister l’Afrique, mais le moyen actuel, l’aide, ne marche pas, et fait l’effet inverse. Et si on essayait autre chose?”.
Ce n’est peut-être pas la dénonciation la plus violente et la plus complète de la situation, mais cette approche a le mérite de pouvoir parler aux oreilles de ceux qui, malheureusement, détiennent encore presque exclusivement le pouvoir de modifier ou mettre un terme à cette politique d’aide.