Collaboration avec le diable

juin 6th, 2011 § Laisser un commentaire

Des chrétiens protégeant des musulmans en prière lors de la révolution égyptienne

Des chrétiens protégeant des musulmans en prière lors de la révolution égyptienne

On a pris le soin de me prévenir,
Quand j’étais encore naïf, innocent,
De ne jamais, au grand jamais,
Vendre mon âme au diable.

Pourtant, les années se suivent,
Et jamais le diable ne m’as fait d’offre.
J’ai dû me résoudre à accepter,
Que mon âme ne l’intéressait pas.

Le cornu a beau se faire désirer,
Des mortels prennent gentiment sa place.
Ils ont la puissance en moins, cela va de soi,
Mais le nombre en plus: l’effet est donc comparable.

J’ai appris, peu à peu, à apprécier cette masse,
Si pratique, si silencieuse, si malléable,
Qui faisait, si facilement, de moi l’ange,
Tant que j’arrivais à faire d’eux les diables.

Ne vends jamais ton âme au diable!

L’homme-à-la-limousine en a fait les frais.
Les mains propres avec tant de sous, c’est impossible.
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mes poches.

Mademoiselle-au-tatouage-étrange n’y a pas échappé.
Une marque comme celle-là, rien de bon ne présage.
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mon cœur.

Monsieur-qui-dort-le-dimanche-matin aussi.
Quand l’homme en robe condamne, qui ose réhabiliter?
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mon esprit.

Madame-la-sœur-du-ministre a eu sa part.
A l’abri du besoin, une vie crée forcément des rancœurs.
Ne vend jamais ton âme au diable!
J’ai pris mes distances, purifié mon nom.

Mais un jour, au lieu de propreté,
Le meuble sans cesse nettoyé
Finit par ne plus évoquer
Qu’une allergie à la poussière.

Une voix jusque là étouffée,
Finit par demander exaspérée,
Si j’avais écouté, évalué, jugé,
Une seule fois un diable avant de le pendre.

Et alors, alors que je m’apprêtais
À balancer la formule salutaire,
À clore hâtivement l’affaire,
Un souvenir vint tout foutre en l’air.

L’homme en robe racontait l’histoire
De l’Être Suprême qui voulait éprouver une foi.
L’affaire nécessitant malheureusement une sale besogne,
Le cornu en personne, vint proposer une collaboration.

Sa Sainteté accepta alors l’offre, sans se gêner.
C’est bien ce que j’appelle sans hésiter,
Dans d’autres circonstances, cela va de soi,
Vendre son âme au diable!

Mais gare, gare, me dis je, à qui fera de même!
Sa Toute Puissance ne craignant rien ni personne,
A quoi bon s’interdire de traiter avec le diable?
Ce fut assez pour dénuder mon diable intérieur:

La peur inavouée de la différence, de l’inconnu,
Aime se déguiser en passion d’une prétendue pureté.
Mais ces couteaux qui refusent de servir,
Ne doivent leur éclat qu’à leur inutilité.

Quand viendra donc le moment des louanges d’adieu,
Chantez plus les collaborations délicates que j’ai réussies,
Plutôt que toutes celles que la peur m’a fait éviter,
Et je m’endormirai le cœur léger, l’âme satisfaite.

Au prochain passage d’un de ces ‘diables’,
Lui ayant demandé le prix nécessaire,
Je lui vendrai mon âme.
Ou alors une copie.

– schemer

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Image crédits: @NevineZaki sur twitter
Cette solidarité interconfessionnelle a été observée dans les deux sens.

La tragédie des parodies d’indignation

avril 18th, 2011 § Laisser un commentaire

Usually, when people are sad, thet don't do anything. They just cry over their condition. But when they get angry, they bring about a change. -- Malcolm X

Ces derniers jours m’ont offert le spectacle de clameurs populaires, de dénonciations déchainées, de milliers de “NON!” retentissants. Et puis plus rien. La vie semble avoir repris son cours normal, comme si de rien n’était. Ce qui semblait être une indignation tout droit sortie d’une biographie de héros millénaire s’est éteinte comme une vulgaire flamme de bougie, balayée par la tempête du train-train quotidien.

Les travers des autres ont cet avantage d’être plus clairs à nos yeux que les nôtres. C’est donc naturellement l’occasion de revisiter un vice que je n’ai que trop trainé moi même.

Je m’indigne à tout bout de champ. Ou plus exactement, j’excelle dans l’art des parodies d’indignation.

L’indignation n’a de meilleure mesure que l’action qui la suit. Plus l’action est résolue, concentre toute l’attention de l’être, et libère toutes ses énergies, plus forte, pure, et authentique a été l’indignation. De même, les parodies d’indignation se reconnaissent facilement à ce qu’elles se terminent en résignation, le plus souvent agrémentée de justifications tout aussi originales que ridicules.

Qu’est-ce qui se passe quand on s’indigne? On est en face de deux réalités, deux évidences toutes aussi fortes l’une que l’autre, et fondamentalement irréconciliables. D’un côté, la détermination avec laquelle on s’accroche à quelque chose auquel on tient fort, au point de refuser tout compromis. De l’autre, le constat clair et limpide de notre impuissance, notre incapacité, dans l’instant présent, à créer ou protéger cette chose qu’on appelle de tous nos vœux.

Entre ces deux réalités se créé une tension, qui, comme toutes les tensions de l’esprit, tel l’arc bandé attendant la décision du chasseur, nous enlève la paix tant qu’elle n’est pas résolue.

Dans le meilleur des cas, on s’indigne. Un “NON!”, souvent inaudible, mais puissant, authentique, et énergisant s’échappe du plus profond de l’être. On refuse la réalité telle qu’elle tente de s’imposer à nous. On déclare alors, le temps qu’il faudra, notre faiblesse comme l’ennemie à abattre. Aucun répit n’est possible tant qu’on n’a pas développé la puissance nécessaire pour créer ou protéger ce dont l’absence ou la tentative de suppression nous révolte. La réaction, la flèche que l’on décroche dans un tel état est à l’image de la tension qui en est l’origine: inhabituelle, focalisée, puissante.

Mais bien souvent, la résignation prend la place de l’indignation. On se noie dans le quotidien pour oublier le malaise créé par la tension. On se convainc qu’on n’aura jamais la force nécessaire pour changer les choses. On se prouve à soi même qu’on ne mérite peut-être pas ce à quoi on tient tant. On s’attache à l’image du faible, de l’innocent torturé par les monstres, et dont les souffrances ne sont que le prix à payer pour conserver toute la pureté de son âme. On se forge une image de ce qu’on deviendrait si on avait cette force qui nous fait défaut, on s’applique à haïr cette image, et on déclare la situation actuelle préférable. C’est, en somme, la main qui relâche progressivement l’arc, jusqu’à ce que la flèche n’ai plus aucune chance de partir.

Pour comprendre comment de l’indignation en gestation peut si facilement dégénérer en résignation, il faut remonter à la source.

D’où nous viennent ces parodies d’indignation?

Tu es confortablement assis devant la télévision, qui montre une scène qui te révolte, pour la bonne raison qu’elle est supposée te révolter. A l’autre bout du monde, des hommes en exploitent d’autres. Les exploités croupissent dans une misère et une souffrance nauséabondes. Ceux qui les exploitent baignent dans le luxe et le plaisir, avec une indifférente toute insolente. Tu sors mentalement ta liste “Motifs d’indignation”, un condensé de morale, de religion, et de patriotisme. Et comme il y est marqué “exploitation”, une rage, tout aussi impressionnante par sa force que ridicule par son automatisme, te serre violemment les tripes. Le temps de changer de chaîne, le plus souvent, ou quelque jours plus tard, plus rarement, tout est oublié, et la vie continue. Ta faiblesse, l’ultime coupable, reste entière, peut être parce que tu en a besoin, pour t’indigner à nouveau, des mois plus tard, devant la même scène.

Ces choses ne t’indignent pas. Tu aurais préféré qu’il en soit autrement, pas plus. Dire “NON!” parce qu’un principe moral, religieux, ou patriotique le demande, et se résigner peu après, en attendant la prochaine occasion, est, loin d’être de l’indignation, de la pure obéissance aux règles. C’est le propre des âmes indécises qui, n’ayant jamais su ce qui compte pour eux, ce qu’ils sont prêts a défendre, croient qu’en défendant, en s’imaginant défendre, en prétendant défendre ce que d’autres ont choisi pour eux, ils auront la conscience tranquille, ou pire, seront récompensés par le respect de l’entourage, des miracles dans cette vie ou une autre, ou encore, la révérence de toute une nation.

Une indignation ne sera authentique, et ne pourra ainsi libérer cette puissance qui est le propre de l’être qui défend son intégrité, la raison qu’il donne à son existence, ce pour quoi il n’accepte aucun compromis, que si elle – cette indignation – est personnelle. Personnelle parce qu’elle n’a que faire de l’appréciation des autres, et subsiste donc en dehors de toute motivation extérieure. Personnelle parce qu’elle repose sur la place que l’être s’accorde lui-même dans le monde, on non celui que quelque autre entité lui réserve. Personnelle parce qu’elle demande toute l’attention de l’être: le temps d’être résolue, tout autre devoir, désir, ou habitude, et par la même occasion, toute autre indignation, devient forcément secondaire.

Rien d’extérieur à l’être ne peut lui imposer une telle concentration d’énergie. Autrement, l’inévitable “à quoi bon?” et les justifications à quatre sous refont surface. Quand l’être se bat pour sa conservation, pour ces pré requis qu’il exige pour accepter le don même de la vie, l’hésitation, les justifications et autres explications qu’on invente pour rendre la résignation acceptable volent en éclats.

L’être qui s’imagine que la longue liste de valeurs toutes faites que le monde lui offre, lui permet d’échapper à la nécessité de se définir, perd inévitablement la capacité de s’indigner. Ses motifs d’indignation étant légion, à force de s’indigner à tout bout de champ, par pur réflexe, toutes ses indignations perdent de leur force, par dispersion d’attention, pour n’être plus que de vulgaires parodies d’un sentiment qui, dans toute son authenticité, fournit à l’être les ressources, la rage, et la ténacité nécessaires pour éradiquer, une fois pour toutes, la faiblesse avec laquelle il n’accepte pas de vivre.

L’indignation, et toute la majesté de l’énergie qu’elle libère ne s’offrent qu’à l’être qui, débarrassé de tous ses états d’âmes feints, parfaitement au fait de son essence choisie, et acceptant ses souffrances comme une conséquence, non pas de la pureté de ses idéaux dans un monde injuste, mais de sa faiblesse, son incapacité à protéger ce qu’il chérit, peut lâcher, rarement mais résolument, un “NON!” magistral, significatif parce que rare, crédible parce qu’étant chaque fois, le dernier de son espèce.

L’image a été créée par le magazine en ligne “The art of manliness” pour le “Black History Month 2010“.
Ce texte n’aurait peut-être jamais vu le jour si Mlle Naima Akerkkaou ne lui avait pas donné un coup de pouce salutaire.
Cet essai et des commentaires sont aussi disponibles sur facebook.

De quoi sont faites les visions (Visions – Partie 2)

janvier 30th, 2011 § Laisser un commentaire

Ce texte est le second d’une série sur les visions (le premier est disponible ici : http://erickedji.wordpress.com/2011/01/30/un-mot-qui-revient-souvent/). Il n’a pas été relu par des tiers, et contient certainement plein de coquilles. Mais c’est le prix à payer pour fidèlement rendre l’idée de l’être imparfait et égaré, qui se cherche, et qui n’a d’autre arme que son imperfection.

De quoi sont faites les visions?

Je vis dans un peuple et une époque où les visionnaires se font rares. Dans un livre particulièrement lu, il est écrit : “sans vision, le peuple s’égare”. Le membre du ‘bas’ peuple que je suis, à défaut de trouver un visionnaire à suivre, et fatigué d’une errance qui n’a que trop duré, essaye d’apprendre à construire lui-même des visions pour guider sa vie; et ceci, armé du simple bon sens.

Les visions sont à la mesure des Hommes auxquels on les attribue en général. L’aura de mystère et de grandeur qui entoure ce concept en fait un territoire inconnu pour la personne qui se trouve ordinaire. Mais construire une vision est avant tout dompter l’inconnu et l’incertain. Et pour la personne ordinaire, la première inconnue, la première incertitude, qui demande à être domptée, c’est bien la notion même de vision.

→ Qu’est-ce qu’une vision n’est pas, et comment elle en diffère

Ni mes rêves, ni mes espoirs ne me semblent constituer toutes seules des visions.

Mes rêves naissent chaque fois que mes désirs se projettent dans le futur. Mais un rêve est bien trop flou pour s’identifier à une vision. Pire, le rêve a tendance à rester flou, puisque toute tentative d’en saisir les détails me ramène bien vite aux contraintes de la réalité, celles-là même que je voudrais fuir. Pour pouvoir me sortir de l’errance, une vision se doit d’être elle même claire. Si être claire l’oblige à traiter avec des réalités amères, tant mieux : j’ai plus besoin de guide averti que de marchand de bonheur.

L’espoir est bien utile chaque fois que je suis réduis à attendre un secours extérieur. Mais les choses qu’on espère sont trop peu soumises à notre volonté pour constituer une vision. Si une vision peut se permettre d’attendre passivement la réalisation d’une quelconque prophétie, je suis loin d’être sorti de l’auberge.

→ Qu’est-ce qu’une vision pourrait être

Avant d’aller plus loin, j’ai besoin d’une métaphore pour cette idée de vision, le mot ‘vision’ étant trop abstrait pour ma petite tête. Puisque le problème initial était l’égarement, considérer la vision comme un guide devrait faire l’affaire.

Une vision est un guide. Non pas simplement un guide pour atteindre un but, mais un guide pour sortir d’une situation que l’on ne supporte plus. Construire une vision, c’est d’abord décider où on veut aller, et ensuite comment s’y rendre.

→ Choisir la destination

C’est de ne s’être pas suffisamment interrogé sur ma destination que je me retrouve à défendre des causes qui ne sont pas miennes, à poursuivre des objectifs définis en choisissant simplement le contraire de ce que font mes ‘adversaires’, ou encore, à viser des buts qui changent à chaque fois que je m’en approche.

La tentation est grande, chaque fois que je choisis un but, de me dire que tout ce qui est différent de ma situation présente fera l’affaire. Ce faisant, je néglige aisément d’analyser les problèmes propres à mon choix, fermant ainsi la porte à des objectifs plus désirables, plus faciles à atteindre, ou plus soutenables dans le long terme. Bref, je me pénalise dès le départ par le choix d’un objectif truffé de problèmes accidentels, et dont je me serais bien passé.

Cette tendance à choisir mes objectifs de manière expéditive, me semble provenir d’une faiblesse que je partage avec tout le genre humain : la difficulté à avoir des idées inhabituelles. Cette difficulté est peut-être due à un cerveau qui donne trop vite des réponses par défaut, avant même que je n’ai eu la chance d’être conscient de la question. Mais à force de “et si …”, “pourquoi ne pas …”, “de quelle autre façon …”, etc., je peux forcer mon esprit à ralentir, et remettre systématiquement en cause les réponses évidentes qui me viennent à l’esprit.

L’ensemble des réponses que j’aurai trouvé à ces questions va former mon objectif. Mais encore faut-il identifier, et analyser, sans complaisance, tout ce qui peut soustraire le but identifié à ma volonté. Il s’agit ici de me convaincre que mon but n’est pas impossible à atteindre. Pour ce faire, rien de mieux que de tenter de démontrer, de manière irréfutable, que mon but est impossible à atteindre. Cet exercice devrait me permettre de déjouer la tendance naturelle à taxer les objectifs que je ne me sens pas la force ou la volonté d’atteindre d’impossibles, afin d’avoir la conscience tranquille.

Mon but doit donc être calmement choisi, et ne pas ignorer les contraintes de la réalité. Cependant, la tentation est trop grande de m’enfermer dans la petitesse, sous prétexte que la réalité du terrain me l’impose. Garder à l’esprit la réalité du terrain, c’est tout simplement la connaître et se préparer à l’affronter. J’ai besoin de croire en ma capacité à créer ce qui n’existe pas encore et vaincre ce qui ne l’a jamais été jusque là. Il suffit, pour cela, que je m’accorde la permission de vivre, un jour, ce que je n’ai encore jamais vécu : ce n’est certainement pas trop demander.

→ Tracer le chemin qui mène à la destination

Une fois que j’ai choisi où je veux aller, et me suis convaincu que mon but fait partie du domaine du possible, il me faut tracer le chemin qui y mène, et me préparer à tenir tête à tout ce qui peut m’en écarter.

Tracer le chemin qui mène au but, c’est trouver une stratégie, un ‘comment’, suffisamment crédible pour me convaincre moi-même qu’elle me mènera au but. Une stratégie doit pouvoir se décliner en quelques phrases. Elle est supposée saisir l’esprit même d’une démarche.

La stratégie, c’est quand ce bébé harcèle sa maman tant qu’il n’a pas eu son lait. C’est quand cette petite fille fait l’enfant modèle chaque fois qu’elle veut une nouvelle poupée. C’est quand cet adolescent multiplie les actes d’insoumission jusqu’à ce que ses amis ne lui reconnaissent le titre de gangster. C’est aussi quand cette demoiselle prend la parole partout, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus l’ignorer.

La stratégie décrit donc l’approche générale pour atteindre mon but. Mais à quoi bon élaborer une stratégie et l’appliquer, si, à côté, je laisse d’autres choses torpiller mon plan? Il est crucial d’anticiper et me prémunir contre les inévitables désirs de court terme qui viendront inévitablement détourner mon attention.

J’ai besoin de rendre mon but suffisamment omniprésent et vivace dans mon esprit pour qu’il devienne quasi-réel, pour que je puisse trancher en sa faveur, chaque fois qu’un désir de court terme essaie de voler mon attention. Il semble que penser au but sous la douche marche plutôt bien. Et si je suis toujours trop faible devant la tentation, je trouverai le moyen de croiser plus rarement son chemin.

A cette étape, on peut parler d’une vision construite : j’ai un but (librement et patiemment choisi), une foi solide en la possibilité de l’atteindre (je n’ai pas réussi à démontrer le contraire), une stratégie qui me convainc (l’esprit même de l’approche), et les moyens de continuer à trouver mon but plus attrayant que tout.

Le reste n’est plus qu’action; du moins, je le crois. Ce n’est certainement pas la partie la plus facile.

Credits: artwork by Haru Niji on DeviantArt (http://haruniji.deviantart.com/art/The-Lost-122131829)
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Un mot qui revient souvent

janvier 30th, 2011 § 1 Commentaire

Ce texte constitue l’introduction à une série d’articles à venir. Cette série tente de ramener dans le quotidien de nous, personnes ordinaires, un mot qui a été trop souvent réservé à une certaine élite.

Un œil grand ouvert, qui semble voir quelque chose

Qu’est-ce qui fait,
Qu’après un film,
Qui, à sa foi en l’humanité,
Offre une raison additionnelle,
Cette demoiselle se découvre soudain,
Une énergie toute nouvelle?

Qu’est-ce qui fait,
Qu’après un événement,
Qui, à sa foi en l’humanité,
Porte un grand coup mortel,
Cette même demoiselle fait difficilement,
La moindre des choses?

Comment se fait-il,
Que ce jeune homme,
Reste concentré sur sa tâche,
Et travaille avec tant d’aisance,
Quand il sait ce qu’il faut faire,
Et comment il doit s’y prendre?

Comment se fait-il,
Que ce même jeune homme,
Saute sans cesse du coq à l’âne,
Et ne produit rien d’intéressant,
Quand il n’a aucune idée de ce qu’il veut,
Et a mille options toutes semblables?

Qu’est-ce qui,
A cette femme,
A révélé cette opportunité,
Que mille autres avant elle,
Ont complètement ratée,
Alors qu’elle passait sous leur nez?

Qu’est-ce qui,
A cette même femme,
Masque ce danger imminent,
Que tous les faits autour d’elle,
Trompettent sans répit,
Pendant qu’elle reste sourde?

Comment cet homme,
Né dans l’esclavage,
Et qui n’a eu de meilleur rêve,
Qu’une nouvelle couleur pour ses chaînes,
Comprend-il finalement,
Qu’elles n’attendent que lui pour se briser?

Comment ce même homme,
S’épuise-t-il sur une terre,
Qui reste obstinément ingrate,
Et lui arrache sueur et sang,
Chaque jour que Dieu fait,
Sans jamais se poser de question?

Pour quelle raison ces personnes,
Moyennement qualifiées pour cette tâche,
Réunies pour un objectif aussi discutable,
Par les motivations les plus condamnables,
Arrivent-elles à maintenir autant de volonté,
Et autant d’énergie collective?

Pour quelle raison ces mêmes personnes,
Hautement qualifiées pour cette autre tâche,
Réunies pour un objectif aussi louable,
Par les motivations les plus nobles,
Continuent-elles à traîner les pieds,
Et à se marcher dessus sans avancer?

Qu’est-ce qui nous alimente en énergie,
Nous garde concentrés sur le but,
Nous fait anticiper les événements,
Nous fait briser les cages de nos rêves étroits,
Et coordonne si bien les mouvements d’ensemble?
Une vision?

Merci à Darryl Amedon, Mawussi Zounon, Eli Kudjie, et Delali Attiopou pour avoir relu des brouillons de ce texte.
La photo a été prise par meliarose (http://www.flickr.com/photos/meliarose/3420512004/)
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Pourquoi je le fais quand même

décembre 27th, 2010 § 2 Commentaires

The next move

Je déteste les initiatives.
Non pas par manque d’objectifs,
Non pas par excès de paresse,
Mais parce que j’ai peur.

N’est-il pas normal d’avoir peur?
L’initiative ne promet-elle pas sans garantie de réalisation?
L’initiative n’avance-t-elle pas sans certitude sur les capacités?
L’initiative ne décide-t-elle pas sans avoir toute l’information?

J’ai peur de ne pas tenir promesse.
Quel genre de personne passerai-je pour,
Si après de beaux vœux en public,
Je me défile par manque de temps?

J’ai peur de ne pas être à la hauteur.
Qu’est-ce qui restera de ma confiance en soi,
Si après m’être lancé corps et âme,
Je constate mes capacités insuffisantes?

J’ai peur de changer d’avis un jour.
Qui croira encore en ma parole,
Si après avoir claironné “à gauche!”,
Je trouve “à droite!” préférable?

Mais de quel droit une peur, aussi normale soit elle, m’empêche-t-elle d’agir?

Si ma promesse consiste en l’espoir né de mes actions,
Si elle n’est pas une simple déclaration d’intentions,
Pourquoi devrais-je prétendre connaître l’avenir,
En me sentant obligé de l’honorer quoi qu’il arrive?

Si mes efforts et l’évaluation des résultats restent sincères,
Si la “pureté” de l’intention ne cache pas le médiocre stratège,
Pourquoi devrais-je craindre les constats d’impuissance,
Et oublier combien j’ai débroussaillé le chemin pour d’autres?

Si je reste obstinément attaché à la clarté du raisonnement,
Si je ne laisse les envies et les craintes primer sur les faits,
Pourquoi devrais-je tomber dans le piège d’une consistance aveugle,
Et laisser mes dires d’hier emprisonner mon illumination de demain?

Initiatives, la peur que vous m’inspirez n’a pas lieu d’être.

– KKA

Merci à Darryl Amedon pour avoir fourni une bonne partie de la matière de ce texte. Merci à Delali Attiopou, Eli Kudjie, Mawussi Zounon, Khaled Tangao, Darryl Amedon, Guillaume Kpotufe, Parfait Djafalo, Elom 20ce, Jean Emoussou et Justin Patoki pour avoir relu et corrigé des brouillons de ce texte.

La photo illustrant l’article a été prise par Byggvir of Barley.

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Al Pacino au sommet de son art (… And Justice For All)

août 13th, 2010 § Laisser un commentaire

Al Pacino

Al Pacino

… And justice for all est un film de 1979 où Al Pacino (Arthur) joue un jeune avocat déchainé et idéaliste, aux prises avec le juge Fleming. Arthur a été emprisonné pour avoir envoyé son poing à la figure du juge Fleming, qui refusait son appel (le client d’Arthur était effectivement innocent). Rien ne va entre les deux hommes jusqu’au jour où Fleming est accusé de viol, et demande à Arthur, étonné, de le défendre: Fleming se dit qu’il n’y rien de mieux qu’un homme, connu publiquement comme son ennemi, pour clamer son innocence (il est en fait coupable). Et pour s’assurer qu’Arthur s’exécute, Fleming le fait chanter. Arthur accepte, mais le jour du procès, se retourne dans sa plaidoirie contre son client, dans un déchainement de passion comme seul Al Pacino sait en faire!

Au delà de la performance d’acteur, Al Pacino montre admirablement qu’on ne peut faire chanter celui qui peut renoncer à tout (ou presque!)

Cette vidéo de la plaidoirie finale correspond à la transcription ci-après.


Judge Rayford: The prosecutor has completed his opening statement. Defense counsel ready?

Arthur Kirkland: Yes your honor. Your honor, Mr. Foreman, ladies and gentlemen of the jury my name is Arthur Kirkland and I am the defense counsel for the defendant Judge Henry T. Fleming. [Now that man over there, he's the prosecuting attorney. And he couldn't be happier today. He is a happy man today because today he is going after a judge. And if he gets him, if he gets him, he's gonna be a star. He's gonna have his name in this months Law Review, centerfold. Lawyer of the month. Now in order to win this case, he needs you, naturally. And you're all he's got, believe me.] So he’s counting on tapping that emotion in you which says let’s get somebody in power. Let’s get a judge. However these proceedings are not about that. These proceedings are here to see that justice is done. And justice is as any reasonable person will tell you, is the finding of the truth. And what is the truth today? One truth, a tragic one, is that that girl has been beaten and raped. Another truth is that the prosecution doesn’t have a witness. Does not have one piece of substantiating evidence other than the testimony of the victim herself. Another truth is that my client, voluntarily and the prosecution is aware of this fact, voluntarily took a lie detector test…

Frank Bowers: Objection your honor! That’s inadmissible evidence! Come on Arthur…

Arthur Kirkland: …told the truth.

Judge Rayford: The jury will disregard that remark. Polygraph tests have not been proven 100% reliable therefore inadmissible in a court of law.

Arthur Kirkland: Sorry your honor. Let’s get back to justice. What is justice? What is the intention of justice? The intention of justice is to see that the guilty people are proven guilty and that the innocent are freed. Simple isn’t it? Only it’s not that simple. However it is the defense counselor’s duty to protect the rights of the individual as it is the prosecution’s duty to uphold and defend the laws of the state. Justice for all, only we have a problem here. You know what it is? Both sides want to win. We want to win. We want to win regardless of the truth and we want to win regardless of justice, regardless of who is guilty or innocent. Winning is everything. That man there wants to win so badly today, it means so much to him, he is so carried away with the prospect of winning, the idea of it, that he forgot something that is absolutely essential to today’s proceedings. He forgot his case. He forgot to bring it. I don’t know, I don’t see it do you? The prosecution’s case, he has got to have one. Not a witness, not one piece of substantiating evidence other than the testimony of the victim herself. Ladies and gentleman of the jury I have the case to end all cases. I have witnesses for my client, I have character references, testimonials that are backed up from here to Washington D.C. I got lie detector tests that are …

Frank Bowers: Objection! Objection!

Arthur Kirkland: Sit down Frank!

Judge Rayford: Mr. Kirkland you are out of order!

Arthur Kirkland: The one thing that bothered me, the one thing that stayed in my mind and I couldn’t get rid of it, that haunted me, was why? Why would she lie? What was her motive for lying? If my client is innocent, she’s lying. Why? Was it blackmail? No. Was it jealousy? No. Yesterday I found out why. She doesn’t have a motive. You know why? Because she’s not lying. And ladies and gentlemen of the jury, the prosecution is not gonna get that man today. No. Because I’m gonna get him! MY CLIENT, THE HONORABLE HENRY T. FLEMING SHOULD GO RIGHT TO FUCKING JAIL! THE SON OF A BITCH IS GUILTY! THAT MAN IS GUILTY!

Judge Rayford: Mr. Kirkland!

Frank Bowers: Arthur!

Arthur Kirkland: That man there….that man is a SLIME! He is a SLIME! If he’s allowed to go free then something REALLY wrong is going on here.

Judge Rayford: Mr. Kirkland! You are out of order!

Arthur Kirkland: YOU’RE OUT OF ORDER!! YOU’RE OUT OF ORDER!! THE WHOLE TRIAL IS OUT OF ORDER!! They’re out of order! That man! That sick, crazy, depraved man raped and beat that woman there and he’d like to do it again, he told me so. It’s just a show! It’s just a show! It’s “Let’s make a deal”…, let’s make a deal! Hey Frank, you wanna make a deal? I have an insane judge who likes to beat the shit out of women. What do you want to give me Frank? Three weeks probation?

Frank Bowers: Dammit!

Arthur Kirkland: [to Judge Fleming] You, you son of a bitch, you! You’re supposed to stand for something! You’re supposed to protect people! But instead you are a fucking murderer! You killed McCullaugh, you killed him! Hold it! Hold it! (He is dragged out by cops) I’ve have just completed my opening statement!

Le mentor

août 13th, 2010 § Laisser un commentaire

Rappelez-lui avec insistance
Combien il n’a pas confiance
Combien il manque d’assurance
Il fera des améliorations
Et aura des réalisations
Mais la peur, même habilement cachée
Faute de consistance, est vite démasquée
Le doute, fortifié, revient alors s’installer

Donnez-lui à encourager et à protéger
Un qui fonde sous les regards, un cadet
Qui tremble à sa voix, un effacé
Sa peur alors s’en va sans laisser de trace
Et, à celle de son protégé, laisse place
Adieu doutes et hésitation, bonjour audace

Rappelez-lui avec insistance
Comme est indisciplinée son existence
Comme du désordre, elle fait une science
Elle s’attaquera à la faille
Et réduira même la pagaille
Mais on n’est pas décoré, parce qu’ordonné
Et à la rigueur, l’insouciance est préférée
Le chaos, de plein droit, se fait réintroniser

Donnez-lui à sauver et redresser
Un malheureux qui sous son désordre est enterré
Et qui a besoin de radar pour retrouver un cahier
Ses absences alors vont se faire courtes et rares
Puisque pour enseigner, l’exemple est obligatoire
Adieu étourderie, bonjour attention de laboratoire

Rappelez-lui avec insistance
Combien il maîtrise peu sa science
Combien superficielles sont ses connaissances
Il se mettra alors au travail
Et fera de l’étude sa bataille
Mais le savoir accumulé sans compréhension
Très vite s’écroule faute de fondation
Aux tatonements s’ajoute la frustration

Donnez-lui à instruire et éduquer
Un qui y voit bleu comme un ciel d’été
Qui peine encore à comprendre même le sujet
Du sujet alors il trouvera mille formulations
Et dans le processus grandira en compréhension
Adieu frustration et désintérêt, bonjour passion

Le mentor est un être ordinaire
Dont quelqu’un dans le besoin
Fait son héro temporaire
Le nouveau rôle transforme le mentor
Qui grandit en donnant des soins
Et tous les deux en sortent plus forts

Image credit: 3amfromkyoto on flickr

Héros à tout prix

août 13th, 2010 § Laisser un commentaire

Enfant héro

Dans les contes de fées
La princesse est d’abord martyrisée
Et quand elle atteint le sommet de la tristesse
Elle reprend son destin en main, rencontre le prince
Et la méchante sorcière n’a plus que ses yeux pour envier leur bonheur.

Dans les dessins animés
Le plus faible est d’abord brutalisé
Et quand la douleur atteint son paroxysme
Il se consacre corps et âme aux arts martiaux
Les méchants se font rosser, et tout le monde est content.

Dans les biographies de génies
La jeune pousse est d’abord traité d’attardé
Et quand l’humiliation finit par devenir insupportable
Le malheureux se met méthodiquement à l’étude des sciences
Son mérite finit par être reconnu, et les insultes se muent en louanges.

Dans les récits d’amours improbables
Un jeune homme crie sa flamme à une fleur qui reste froide
Et juste au moment où Cupidon lui-même, dépassé, n’y croit plus
La fleur trouve soudain qu’elle a besoin de cette boue pour grandir
Ils se marient, ont beaucoup d’enfants, et vivent heureux, très longtemps.

Des histoires de ce style
Ayant bercé toute ton enfance
Tu laisses ton imagination s’enflammer
Et désires ardemment devenir un jour, un héros.

N’ayant

ni le courage de prendre ton destin en main
ni le cran de te consacrer aux arts martiaux
ni la discipline d’étudier méthodiquement les sciences
encore moins la patience de supporter les caprices d’une fleur

Tu

te dit martyrisé
te proclame brutalisé
t’imagine outrageusement humilié
et par dessus le marché, te crois rejeté.

Ta vie reste pourtant tout à fait ordinaire
Avec en prime, tes malheurs imaginaires

Si donc un jour, l’envie te prend de réaliser quelque exploit, n’oublie pas ceci:
Les souffrances, seules, ne font que des malheureux que l’on oublie bien vite
Elles peuvent lancer le héros, et entretenir ses rêves, sans plus.

Image credits: firstsecond

Rejaki Tangwena (Tassane Ouyi – Chanteur Bassar, TOGO)

août 13th, 2010 § 3 Commentaires

Tassane Ouyi est une des premières figures de la chanson togolaise, surnommé “Le Rosignol des Monts Bassar”. Il nous a quitté le 31 Mars 2009, et laisse derrière lui, entre autre, cette perle, titrée “Rejaki Tangwena”. Ecoutez-le sur Youtube, c’est une pure merveille!

Tassane Ouyi

Tassane Ouyi

Les vautours se disputeront mon corps
Les hyènes suceront mes os dévêtus
Vous ne pourrez m’enterrer à ma mort
Car toutes nos terres ont été perdues

Rejaki Tangwena parla ainsi
Un chef qui n’a plus pour trône qu’un rocher
Et pour royaume qu’un coin dans le maquis
Combien de temps restera-t-il caché?

Cette terre est à toi, c’est ta fierté
Là où tes fétiches sont implantés
Là où tu as poussé le premier cris
Là où tes ancêtres se sont endormis

Aujourd’hui, vous n’avez plus de maison
Plus rien au monde ne vous appartient
Les plus forts ont triomphé de leur raison
Nous sommes considérés moins que des chiens

Rejaki Tangwena parla ainsi
Un chef qui n’a plus pour trône qu’un rocher
Et pour royaume qu’un coin dans le maquis
Combien de temps restera-t-il caché?

La savane est vaste toutes les nuits
Un autre arbre vous acceuillera
Et si des pas, vous entendez le bruit
Cachez-vous dans un trou comme des rats

Je mourais moi, mais je serais avec vous
Qu’ont appris les autres à l’école ?
Se taire, lire, regarder sans voir, c’est tout ?
Pourtant sous leurs pieds la terre dégringole

Rejaki Tangwena parla ainsi
Un chef qui n’a plus pour trône qu’un rocher
Et pour royaume qu’un coin dans le maquis
Combien de temps restera-t-il caché?

Les vautours se disputeront son corps
Les hyènes suceront ses os dévêtus
Sous vos yeux qui regardent sans remords
Imbécile, pour qui il s’est battu?

Rejaki Tangwena parla ainsi
Un chef qui n’a plus pour trône qu’un rocher
Et pour royaume qu’un coin dans le maquis
Combien de temps restera-t-il caché?

L’Afrique est au développement ce que Mars est à la NASA (Dambisa Moyo au Jespson School of Leadership Studies)

août 13th, 2010 § 3 Commentaires

Ce texte est la traduction française de l’intervention de Dambisa Moyo au “Jepson School of Leadership Studies”.

English version

Dambisa Moyo

Dambisa Moyo

Bonsoir et merci beaucoup d’être venus. Ça me fait vraiment plaisir, et je dois dire que je ne le considère pas du tout comme acquis. Ayant grandi en Afrique, et ayant passé une bonne partie de cette année à voyager; voyages pendant lesquels on m’a lancé des tomates, et même frappé à Toronto. Je comprend que l’on ne doit pas considérer comme acquis l’opportunité de présenter ses points de vue, même s’ils ne font pas toujours plaisir à entendre.

Je voudrais commencer par dire toute ma gratitude à Dinpert??, à Sue Robinson que je n’ai pas encore rencontrée, et Shanon Best?? . Il faut dire que ça n’a pas du tout été facile de préparer mon intervention ici. C’est généralement difficile certes, mais je dois que c’est une préparation particulièrement difficile que …?? et …?? ont eu à faire. J’apprécie vraiment la ténacité et l’attention dont ils ont fait preuve en me donnant l’opportunité d’être ici. Merci donc énormément où que vous soyez dans la salle.

Ce que j’ai prévu de faire aujourd’hui, c’est d’abord partager avec vous une partie de l’information et de l’expérience que j’ai accumulées depuis la sortie de mon livre, plus tôt cette année, au printemps. Ensuite, je parlerai en particulier de la raison pour laquelle je pense que la politique d’aide ne marche pas, et en fait, est en train de contribuer à l’aggravation de la pauvreté et de la situation économique sur le continent. Enfin, je vous quitterai sur quelques bonnes nouvelles, qui sont qu’il y a des moyens alternatifs pour financer le développement économique, et qu’il y a une meilleure manière d’aider l’Afrique à devenir un partenaire comme les autres sur la scène internationale.

Je voudrais commencer par vous dire que je n’ai jamais pensé citer votre ancien président George W. Bush, mais il a dit quelque chose de brillant, que je trouve important, je cite, “Il faut se méfier de la condescendance des faibles attentes”. Je dois dire qu’au sujet de l’Afrique, nous, en tant que communauté mondiale, avons considéré la situation avec des attentes faibles. Nous avons placé la barre très bas non seulement au sujet de ce que les Africains peuvent faire, mais aussi au sujet du continent Africain en général.

Je reviendrai sur ce point plus tard, mais la réalité est qu’il n’existe aucun pays sur terre aujourd’hui, nulle part, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Asie, en Europe, nulle part sur terre, qui ait réussi une croissance économique à long terme, et réduit substantiellement la pauvreté, en s’appuyant sur l’aide. Et pourtant, nous continuons à promouvoir une politique d’aide en Afrique. J’ajoute aussi que nous savons comment créer de la croissance et réduire la pauvreté. Laissez-moi vous rappeler que nous vivons une époque incroyable, où nous venons de voir la Chine sortir 300 millions de personnes de la pauvreté, sur 30 ans. 300 millions de personnes! Et nous savons aussi que ça n’a rien à voir avec l’aide. L’inde compte aujourd’hui 450 million de personnes dans sa classe moyenne. Elle a la plus grande classe moyenne au monde. Il y a plus de personne de la classe moyenne en Inde qu’il n’y en a dans toute l’Europe. Encore une fois, nous savons que l’Inde n’a pas réussi cela en s’appuyant sur l’aide, autant que les pays Africains le font aujourd’hui. Et pourtant, nous continuons à promouvoir une politique d’aide en Afrique.

Tout au long de la discussion aujourd’hui, je voudrais vous rappeler qu’il y a plus de personnes pauvres en Chine qu’il n’y en a en Afrique. Il y a plus de personnes pauvres en Inde qu’il n’y en a en Afrique. Et pourtant, regardez comment nous décrivons l’Afrique et les Africains. Dans le livre, j’appelle cela “les quatre chevaliers de l’apocalypse Africaine”. On ne parle que de guerres, de maladies, de corruption et de pauvreté. Et pourtant, il y a plusieurs autres régions du monde où cette combinaison existe. Nous savons aussi que décrire un continent d’un milliard de personnes de cette manière, n’aide pas nos jeunes à avoir de la confiance en eux pour devenir des partenaires sur la scène internationale avec leurs pairs. Ce type de portrait ne nous aide pas non plus à attirer de l’investissement, dont nous avons tant besoin à travers le continent. Personne n’a envie d’investir dans un endroit considéré comme infesté de maladies, de pauvreté et de corruption. Et pourtant, c’est ainsi que l’on dresse le portrait de l’Afrique. Vous n’avez qu’à regarder la télé. Je suis toujours surprise, quand je viens aux Etats-Unis, en particulier dans la période de Noël, par combien d’organismes caritatifs utilisent les enfants Africains comme moyen de collecter de l’argent pour leurs organismes. On voit rarement des enfants Chinois; on voit rarement des enfants Indiens. On n’a pas pitié de la Chine; on n’a pas pitié de l’Inde. Cependant, dans les 40 dernières années, il y a eu une propagande réussie pour considérer les Africains comme pauvres, désespérés, et incapables de subvenir eux-même à leurs besoins.

Je veux commencer par dire que nous sommes d’accord sur un certain nombre de choses. Même si on peut me décrire comme anti-aide, controversée, et un autre considéré comme pro-aide, la réalité est que nous sommes tous dans le même camp. En particulier, il y a trois choses avec lesquelles nous sommes tous d’accord.

Primo, personne ne veut que l’Afrique reste pauvre et dépendante de l’aide éternellement. Je pense que nous espérons tous un jour où l’Afrique et les Africains seront des partenaires comme les autres sur la scène internationale. Soi dit en passant, je donne toujours l’opportunité aux gens, s’ils pensent qu’il veulent voir l’Afrique rester pauvre, de lever la main et m’arrêter d’entrée de jeu. Mais je pense qu’en général, nous espérons un jour où l’Afrique et les Africains sont présents sur la scène internationale. Je me souvient de mon directeur de thèse Popcolia?? — il était à …?? récemment — qui parlait du fait que l’Afrique se démarque du reste du monde. En effet, le reste du monde va dans une direction, réalisant des progrès majeurs en termes de développement économique, et de réduction de pauvreté, pendant que l’Afrique va dans l’autre. Mais je pense qu’on a tous mare de cette histoire, la triste histoire de l’Afrique. On attends tous de bonnes nouvelles. C’est la première chose sur laquelle nous sommes d’accord.

Secundo, nous sommes tous d’accord, je pense, qu’il est impératif que les gouvernements Africains prennent les devants de la lutte pour le développement et la réduction de la pauvreté en Afrique. Ça n’a pas de sens que le président Américain, les présidents Européens, ou les Africains comme moi même, de simples particuliers s’inquiètent plus des problèmes du continent Africain que les gouvernements Africains. Nous avons besoin d’inciter les gouvernements Africains à faire ce qu’il faut pour le peuple Africain, on a besoin qu’il soit motivés pour faire avancer le train dans la bonne direction. Je me rappelle d’un article que le président du Rwanda, Paul Kagame, écrivait dans le Finantial Times en Février dernier. Il disait “Ne considérez pas que vous vous inquiétez plus pour notre continent que nous”. Et c’est une partie du problème. Il est une tendance chez ceux qui vont en Afrique, qui essaient d’aider notre continent, de penser qu’il s’inquiètent plus pour notre continent [que nous]. Ce n’est pas du tout le cas, et en réalité, ce n’est pas un problème de l’Afrique, mais un problème mondial. Nous devons tous être concernés, et s’assurer que les gouvernements Africains prennent les devants de la lutte. Vous ne devriez pas souhaiter m’écouter, mais plutôt écouter les présidents Africains. Ce sont eux qui devraient se tenir ici, au front, nous expliquant, en tant que citoyens du monde, quel est le plan pour l’évolution de l’Afrique.

Mon troisième argument, je dois l’admettre, est en fait emprunté. Plus tôt cette année, j’ai été invité en Norvège, où je n’ai jamais été. La Norvège qui, pour ceux qui ne savent pas, consacre environ 1% de son PIB à l’aide. J’ai donc été vraiment surprise quand le ministre du développement international de Norvège m’a dit qu’il m’invitait à Oslo, la capitale de la Norvège. Je me suis dit pourquoi pas — d’ailleurs ils s’occupaient de tout, et ça me faisait des vacances –, j’y suis donc allée, et ai passé un bon temps. Le ministre du développement international a dit quelque chose qui m’a profondément choquée. En fait, il argumentait en ma faveur. Il disait “Bien que la Norvège donne 1% de son PIB à l’aide” — et ils supportent effectivement la politique d’aide — “nous devons admettre, en tant que citoyens du monde, que l’aide a contribué au dysfonctionnement des gouvernements Africains, qu’on le veuille ou pas. Et plus tôt nous l’accepterons, mieux ce sera.” Je suis presque tombée de mon siège, et ai laché “voyons, Mr le ministre, vous défendez mon point de vue!”

L’idée ici est que l’aide est en train de rendre nos gouvernements paresseux. Je reviendrais sur ce point plus tard, mais pour le moment, disons que d’une part, nous savons qu’il y a la question de la corruption, beaucoup de gouvernements Africains aujourd’hui et de part le passé ont volé de l’argent qui était destiné à aider les peuples Africains. Mais même dans le meilleur des cas, quand le gouvernement ne détourne pas les fonds, nous créons une situation sur le continent Africain, où nos gouvernement abandonnent leurs responsabilités de nous approvisionner en biens publics.

Je reviendrais dessus plus tard, mais pour le moment, rappelez-vous tout simplement comment vous vivez aux USA. Le président Obama sait que les Américains ne voterons jamais pour qu’il reste à la maison blanche jusqu’à sa mort. Et les Américains vont voter chaque quatre ans, et jugent le mandat, sur la base des biens publics comme l’éducation, la santé — qui est en ce moment l’objet d’un débat houleux aux États-Unis –, les infrastructures et la sécurité. En Afrique, ces biens, l’éducation, la santé, les infrastructures, et la sécurité, sont fournis pas des étrangers.

Je reviendrais sur ce point plus tard, parce que cela touche le coeur du sujet. En effet, vous nous demandez d’élire nos leaders. Mais à quoi bon élire ces leaders, dans un processus démocratique, alors qu’ils ne nous fournissent pas les biens et services dont nous avons besoin. En fait, dans la tournée de promotion de mon livre, quand j’étais au Kenya, quelqu’un a levé sa main et a dit “Vous savez, ce que vous dites en fait, c’est que nous devrions passer notre temps à voter pour le Gates Foundation vs US AID, parce que ce sont eux qui nous fournissent les biens.” Ça sonne comme une blague, mais en fait, touche vraiment le cœur du problème.

Quoi qu’il en soit, laissez moi vous rappeler rapidement:

  • personne ne souhaite que l’Afrique reste dépendante de l’aide et pauvre éternellement
  • nous avons besoin de gouvernements Africains motivés
  • l’aide a contribué au dysfonctionnement des leaders Africains

Je veux dire quelques autres choses avant de me lancer dans mon attaque virulente au sujet de la raison pour laquelle la politique d’aide ne marche pas en Afrique.

D’abord, comment définir l’aide? Évidemment, il y a énormément d’argent qui va en Afrique chaque année. L’estimation actuelle est d’environ 100 milliards de dollars qui vont en Afrique sous la forme d’aide gouvernementale chaque année. Dans le livre, je découpe l’aide en trois catégories.

La première catégorie est ce que j’appelle l’aide humanitaire d’urgence. Pensez au type de réponse à Katrina, une inondation au Mozambique, un tremblement de terre en Iran, ou récemment, le tsunami en Indonésie, ou celui de 2004. Je pense que c’est un impératif moral, pour nous humains, d’intervenir quand ce genre de tragédie arrive. Mon livre n’est donc pas une critique de l’aide en situation d’urgence.

Le second type d’aide est ce que j’appelle l’aide des organisations non gouvernementales (ONG), ou la charité. Ici, il s’agit de donner dix dollars pour construire un puits en Zambie, mon pays natal, or donner vingt dollars pour qu’une fille soit scolarisée au Kenya. Je dois vous dire que moi même suis impliquée dans un certain nombre d’organismes caritatifs. Je fait partie du comité de direction d’un organisme caritatif éducatif; je fait partie du comité de direction d’un organisme caritatif contre le VIH. Cependant, je ne me fait pas d’illusion, comme quoi, parce que je me rend utile à petite échelle, l’on va magiquement arriver à une réduction de la pauvreté en Afrique, et que ce continent va se mettre à croître de manière suffisamment rapide, pour voir les revenus des gens s’améliorer. Les types d’interventions que font les organismes caritatifs sont des solutions bornées.

Nous cherchons désespérément en Afrique le moyen de réformer le système, pour que les Africains puissent réellement trouver des solutions pour créer de la richesse et du travail pour eux-mêmes. Je voudrais vous rappeler que 60% de la population Africaine a moins de 20 ans. Je vais le dire encore une fois, parce que les gens ne saisissent pas vraiment ça la première fois. Plus de 60% de la population Africaine a moins de 24 ans. Il est des pays en Afrique où plus de 50% de la population a moins de 16 ans. Nous avons une population extrêmement jeune, cherchant désespérément un emploi. Quand je retourne chez moi en Zambie, et que je m’arrête aux feux tricolores, je ne peux pas vous dire combien de jeunes, dont beaucoup on été au lycée, certains même à l’université, sont dans la rue, à vendre des babioles, des dvds, des t-shirts, des documents, des miroirs, etc., parce qu’il n’y a pas d’opportunité d’emploi. Nos pays ne croissent pas suffisamment vite pour s’assurer que ces jeunes aient un emploi.

Mesdames et messieurs, ceci est une recette pour la catastrophe. Parce que nous auront de plus en plus de jeunes aigris dans la rue, et à la longue, sans travail et sans opportunités, nous en arriveront à ces nids de terrorisme, que nous avons déjà vu dans des états ratés comme la Somalie.

Très rapidement ici, un ami Somalien à moi, qui a quitté la Somalie depuis 1992 m’a dit — en fait, je ne sais pas si quelqu’un s’en rappelle, mais c’était la nuit où l’on avait arrêté et emmené aux USA un jeune pirate Somalien de 17 ans – “les gens ne semblent pas se rendre compte que depuis 1992, toute personne née en 1992 ou après, donc âgé de 17 ans au maximum, en Somalie, n’a pas passé un seul jour à l’école.” On a donc une masse, toute une génération perdue de jeunes, qui n’a aucune porte de sortie.

Revenons à nos moutons. Le premier type d’aide est l’aide humanitaire d’urgence, le second est l’aide des association caritatives non gouvernementales. Ne nous voilons pas la face au sujet de ce que ce type d’intervention peut faire. Il peut servir à envoyer les filles à l’école, mais il ne peut pas faire croître l’Afrique suffisamment vite pour créer des emplois pour ces jeunes dans la rue. Je dois aussi préciser que les Nations Unies ont estimé que l’Afrique a besoin d’une croissance de 7% au moins par an pour faire face à la pauvreté, créer suffisamment d’emplois, pour réduire la pauvreté. Pour vous aider à évaluer la situation, la croissance prévue en Afrique cette année est de 1.8%.

Mon livre ne porte pas sur l’aide humanitaire d’urgence, ni sur l’aide des organismes caritatifs. Mon livre porte plutôt sur le troisième type d’aide, qui est le flux d’argent de gouvernement à gouvernement qui va en Afrique chaque année. Comme je disais, cela s’élève aujourd’hui à environ 100 milliards de dollars par an.

C’est ce type d’aide qui existe depuis une soixantaine d’années. C’est environ mille milliards de dollars de cette aide qui a été envoyé en Afrique. Cela correspond à une centaine de dollars pour chaque femme, homme, et enfant sur terre aujourd’hui. Et depuis que cette aide a commencé, les perspectives de croissance de l’Afrique on constamment chuté. Nos revenus ont diminué dans les 40 dernières années. A titre d’illustration, dans les années 70, 10% d’Africains vivait avec moins d’un dollar par jour. Aujourd’hui, plus de 70% vivent avec moins d’un dollar par jour.

Il est évident que quelque chose ne va pas. Et pourtant, les gens ne veulent pas discuter de pourquoi nous avons une stratégie de développement pour le reste du monde (Chine, Inde, Brésil, Russie, même l’Afrique du Sud), et une toute différente stratégie à travers le continent. Ce sont les faits.

Laissez moi vous citer mes 10 principales raisons pour lesquelles la politique d’aide ne marche pas. On m’a dit que c’est une bonne façon de procéder. Mais j’ai changé d’avis, parce que sinon personne n’achètera le livre (rires). Je vais donc juste aiguiser votre appétit, et nous en parlerons un peu plus pendant la séance de questions-réponses.

Soit dit en passant, les intentions derrière la politique d’aide sont louables n’est-ce pas? On veut aider, n’est-ce pas une bonne idée que de donner de l’argent pour porter secours? Je dois dire que si j’étais un décideur dans les années 50, j’aurais probablement supporté sans réserve la politique d’aide. Nous venons juste de sortir du plan Marshall, après la deuxième guerre mondiale, et le plan Marshall consistait en une centaine de milliards de dollars, envoyé depuis les USA vers les pays Européens, pour les aider à se reconstruire. Si j’avais été présente, ayant vu les résultats, j’aurais probablement été la plus grande défenseuse de la politique d’aide.

Rappelez-vous mesdames et messieurs que l’idée de l’aide en ce moment était très simple. On va envoyer de l’aide, l’aide va générer de l’investissement, l’investissement va produire de la croissance, et avec la croissance, on aura une réduction de la pauvreté. Très simple. Mais ce que nous avons vu, quarante, cinquante ans plus tard, est que bien que l’aide ait augmenté au fil des années, la croissance a chuté, et comme je disait précédemment, la pauvreté a augmenté. Pourquoi?

Si vous sortez tout de suite, dans l’Université de Richmond, et demandez à une centaine de personnes pourquoi ils pensent que l’aide ne marche pas en Afrique, je parie que la plupart parleront de corruption. J’en parle comme la première raison, et je ne vais pas m’attarder là-dessus. Je pense que beaucoup de gens acceptent les faits, on voit les unes des journaux tout le temps sur comment l’on vole de l’argent sur le continent Africain. Certains de mes critiques m’ont dit “Oh, vous savez, c’est une vieille histoire.” Malheureusement, ce n’est pas une vieille histoire, ça continue encore aujourd’hui. L’ancien président de mon propre pays a été impliqué, cette année, dans un scandale, ayant détourné des millions de dollars vers la Suisse. A côté de la Zambie se trouve le Malawi, où l’ancien président, en ce moment même, est impliqué dans un scandale de détournement de 15 millions de dollars, destinés à la lutte contre le VIH-SIDA.

La question de la corruption reste donc d’actualité. Si vous ne me croyez pas, chaque année, Transparency International, qui est une ONG, classe tous les pays suivant ce qu’il appellent l’indice de perception de corruption (CPM: Corruption Perception Index). Les pays Africains sont régulièrement en queue de liste. Régulièrement. Les plus forts indices de corruptions. Quelques pays asiatiques par-ci par-là, oui, c’est normal, mais dans l’ensemble, les pays Africains dominent.

Comment est-ce possible? Et bien, une bonne partie de l’argent qui entre en Afrique passe par le gouvernement, l’argent est détourné, personne n’est tenu responsable. Je ne vais donc pas passer plus de temps sur la corruption, mais il est évident que l’aide qui arrive en Afrique contribue clairement à la corruption tant répandue dans le continent.

Des notions comme l’inflation, le poids de la dette, ce sont des choses qui sont bien documentées par des organisations comme la banque mondiale et le FMI, très clairement documentés comme étant les problèmes qui surviennent dans des économies fondées sur l’aide.

Le mécanisme de cette maladie — certains ici qui sont des économistes connaissent peut-être ce concept — est très simple. Nous avons des économies de petite taille; mon propre pays ne compte que 10 millions d’habitants. Déverser dans notre système économique des dollars Américains veut dire que nos devises locales deviennent très fortes, parce que de plus en plus rares. Ce qui veut dire que personne ne voudra acheter nos produits. Personne ne veut acheter de la marchandise d’un pays où c’est trop cher. Les gens perdent leurs emplois, la pauvreté gagne du terrain, et plus les gens sont pauvres, plus on a besoin d’aide. Il y a donc un cercle vicieux qui se dessine.

On sait aussi que l’aide contribue à tuer l’entrepreneuriat. J’aime bien avoir cette discussion aux Etats-Unis parce que c’est le berceau de l’entrepreneuriat. C’est incroyable combien d’idées et d’innovations viennent des USA. Pourtant, regardez en Afrique, faire fonctionner une entreprise est un véritable cauchemar.

Laissez moi vous donner quelques exemples. Chaque année, la banque mondiale publie un rapport intitulé “Doing Business around the world” (Les affaires, à travers le monde). Constamment, les pays Africains sont parmi les pires endroits pour faire des affaires. C’est un vrai cauchemar. Pendant que dans des pays comme l’Australie, on a besoin d’un jour à deux pour avoir une licence d’affaires, il est des pays en Afrique où cela peut prendre deux ans!

Cela vous donne-t-il l’impression que nos gouvernement cherchent à créer des emplois, à créer des opportunités pour l’entrepreneuriat? Moi pas. Et la raison en est que les gouvernements ne comptent pas sur les taxes pour rester en poste, ils comptent sur l’aide. Le lien est de plus en plus alarmant entre l’aide et les troubles et guerres civiles. Je ne sais pas si les gens sont au courant, mais rien que cette année — l’Afrique compte environ 53 états — nous avons eu 4 coups-d’état. 4 coups d’états dans des pays Africains, rien que cette année. Un ami me rappelait que nous ne sommes pas encore en Décembre, donc tout peux encore arriver. On ne doit pas non plus oublier qu’il y a eu plus de troubles civils et de guerres civiles en Afrique dans les années 90, que dans le reste du monde.

Quel est le lien avec l’aide? Le lien est que la grande majorité de l’argent dans ces systèmes économiques passe par le gouvernement. Il n’y a pas de secteur privé actif, où les gens peuvent aller voler de l’argent ou créer de la richesse. Il y a donc tout le temps des factions rebelles qui essayent de renverser le gouvernement. Il s’emparent donc du pouvoir, pour mettre la main sur la richesse, qui arrive dans le pays sous forme d’aide. Pendant qu’on y est, il n’y a aucune sanction pour ce genre de comportement. Comme on le sait, il y a plein de pays où le président est au pouvoir depuis quarante, trente, vingt ans, c’est loin d’être rare. Même dans des pays comme le Zimbabwe, qui sont critiqués constamment par les média occidentaux, des gens comme le président Mugabe, ont non seulement reçu de l’aide des Etats-Unis et du Royaume-Uni ces dix dernières années, mais vous continuez à maintenir des relations diplomatiques avec le gouvernement Zimbabwéen. Il y a une ambassade des USA au Zimbabwe, tout comme il y a un consulat Britannique.

La croyance selon laquelle le monde vole au secours de l’Afrique est donc absolument fausse. Dans le livre, je parle de 200 millions de dollars qui sont allés au Zimbabwe à travers le gouvernement dans les dernières années. Et cela vient des gouvernements Americain et Britannique. Tout ceci est tiré de leurs données, ce sont des informations publiques, vous pouvez donc aller vérifier vous même.

Vous pouvez oublier tout ce que j’ai dit, mais j’espère que quand vous partirez d’ici, vous vous rappellerez de ce que je suis sur le point de dire. Voici: la culture d’aide dépossède les Africains de leurs droits. Il y a une raison, mesdames et messieurs, pour laquelle vous voyez rarement les Africains sur la scène internationale, nos présidents y compris, expliquant ce qui arrive à notre continent.

Le fait que nous considérions, en tant que communauté planétaire, qu’il est normal que des star participent aux réunions du G20, je veux dire, les réunions de la banque mondiale et du FMI, est ridicule. Les Americains ne toléreront jamais que Mike Jagger ou Bruce Spinting?? parlent de la crise de l’immobilier pendant que le président Obama garde le silence. C’est cependant le monde dans lequel vous nous demandez de vivre. Nous, debout sous le chaud soleil Africain, élisant nos leaders, et pourtant, le monde se fout royalement de ce qu’ils ont à dire. Raison pour laquelle vous ne les entendez jamais. Vous préférez entendre les stars, qui, je pense, malheureusement, bien qu’ils soient très populaire, ont tendance à insister sur les clichés négatifs de l’Afrique.

Je n’aurais pas été si critique à leur égard, s’ils utilisaient leur popularité de manière positive. Cependant, ils continuent à perpétuer cette image négative de l’Afrique. Une femme Kenyane m’a dit, “Comment voulez-vous qu’on élève les jeunes Africains pour devenir des citoyens modèles du monde, si vous nous racontez tout le temps que nous ne sommes pas assez bons, nous sommes trop pauvres, nous ne sommes pas intelligents, et que nous ne sommes pas des partenaires comme les autres sur la scène internationale?”Elle a parfaitement raison. De la même manière, les psychologues vous diront que répéter à un enfant qu’il est nul n’est pas une bonne idée. Vous avez, méthodiquement, pendant quarante ans, claironné aux Africains qu’ils ne sont pas des partenaires comme les autres sur la scène internationale, qu’il sont nuls, qu’il ont des sociétés ratées, et vous continuez à décrire nos enfants à la télé de la pire façon.

On raconte quelque chose aux USA à propos du Boston Tea Party: “il n’y a pas de taxes sans représentation.” En Afrique, on a ce que j’appelle l’inverse du Boston Tea Party. Nous n’avons pas de représentation, parce qu’il n’y a pas de taxe.

Comme je disais précédemment, aux USA, vous demandez des comptes à votre gouvernement, parce qu’il savent qu’ils doivent satisfaire le peuple Américain, parce que c’est le peuple Américain qui paye les taxes: c’est une symbiose.

En Afrique, nos gouvernements passent pratiquement tout leur temps à draguer les donneurs internationaux. Parce qu’il peuvent rester au pouvoir, non pas à cause de ce que les peuples Africains pensent, mais à cause de ces donneurs internationaux.

Comme je disais précédemment, des choses comme l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité, ce que nous appelons les “biens publics”, sont fournis en Afrique, non pas par nos gouvernements, mais par la communauté internationale.

Laissez moi vous donner un exemple précis ici. La Zambie, mon pays, a dix millions d’habitants. Un tiers de la population Zambienne est séro-positive. C’est sans conteste une épidémie, et nous devons nous en inquiéter. Et pourtant, 95% de l’infrastructure autour des médicaments, pour aider les Zambiens à se procurer des médicaments anti-rétroviro, etc., est assurée par US-AID, ie. le gouvernement Américain. Et vous devez en être fier.

Mais en tant que Zambienne, ça me choque. Parce que le gouvernement des USA a ses propres problèmes. Un dixième de la population Américaine est au chômage. Votre pays emprunte de l’argent de la Chine. Vous avez des problèmes démographiques, vous avez des problèmes de santé. Et vous me demandez, à moi citoyenne Zambienne, de baser tout le système de santé de la Zambie sur un pays qui a sa propre crise financière? Ce n’est pas une solution durable. C’est ce genre de problème que mon livre essaie de révéler au grand jour.

Bien, maintenant, vous ayant complètement déprimé, je vais vous donner quelques bonnes nouvelles. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens alternatifs de financement de développement. Comme je disais précédemment, nous vivons un moment où nous avons tant d’exemples, plus de deux cents années d’exemples, de ce qui marche, ce qui crée des emplois, ce qui crée de la richesse.

J’aime bien le discours d’investiture de Barack Obama, quand il dit que “nous ne devons pas oublier que le système de libre-marché reste le meilleur. Il continue à créer de la richesse, et est aussi le meilleur moyen de créer la liberté.” Ce n’est, de tout évidence, pas un système parfait, comme nous l’avons appris ces 18 derniers mois, mais nous ne devons pas jeter le bébé avec l’eau de bain.

Malheureusement, dans le cas de l’Afrique, nous n’appliquons pas ce que nous, en tant que citoyens du monde, connaissons comme la boite à outils qui peut changer les choses pour de bon.

De quoi est constitué cette boite à outils? Des choses comme le commerce, l’investissement à base d’obligations, la microfinance, les transferts de fonds, l’épargne, les taxes. Ces choses que vos gouvernements utilisent pour financer la création d’emploi aux Etats-Unis, en Chine, en Europe, ne sont pas ceux que vous nous suggérez d’utiliser.

Considérons le commerce par exemple. C’est un fait établi que l’Afrique perd chaque année entre 300 et 500 milliards de dollars dans les exportations, à cause des subventions. Le gouvernement Américain a choisi de protéger les agriculteurs Américains, et franchement, même si en tant qu’Africaine cela joue contre moi, je comprends. Et je souhaiterais que les gouvernements Africains aussi se battent pour le peuple Africain. Raison pour laquelle je pense que c’est pure perte de temps, pour les leaders Africains, de passer leur temps à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), pour participer à des discussions houleuses à propos de l’ouverture du marché Américain aux produits Africains. Nous devrions plutôt employer notre temps à cibler des régions du monde qui ont, eux, vraiment besoin des produits Africains, la Chine étant l’une d’entre elles. Il y a environ 1,3 milliard de personnes en Chine, avec 7% de terres arables, la Chine a désespérément besoin de produits alimentaires. C’est une belle opportunité pour l’Afrique de vendre des produits alimentaires sur ce marché, au lieu de passer son temps à tenter de s’introduire dans le marché Américain.

Comme je disais précédemment, faire des affaires en Afrique peut être un vrai cauchemar. Je vous donne ici, rapidement, un exemple. Je suis allée au Rwanda, au Kenya, et en Tanzanie, qui sont trois pays très proches l’un de l’autre en Afrique. J’ai eu besoin de trois visas, et j’ai du changer de devise trois fois. Une fois encore, ça ne m’a pas du tout l’air d’une formule pour attirer de l’investissement. En tant qu’Africaine, ça m’a vraiment lassée. Si j’étais une investisseuse internationale, projetant de m’installer dans ces pays, je serais certainement lassée. La notion d’intégration régionale est bien établie ici, mais aussi en Europe. Et pourtant, nous savons que ça marche théoriquement, mais en pratique, cela ne se concrétise pas en Afrique.

Je ne veux pas prendre beaucoup de [votre] temps. Je veux juste dire deux autres choses. Une est liée à ce que nous devons faire avec le système d’aide. Dans le livre, je propose un période transitoire. Une partie du problème est que les gouvernements Africain considèrent l’aide comme un revenu permanent. Ils pensent qu’il y en aura toujours. En fait, on les encourage à penser comme ça. Oh, ne vous inquiétez pas, parce qu’on vous aidera toujours. En fait, quelqu’un en Europe m’a dit, c’est tout comme un adolescent qui se vautre sur le divan, et chaque mois, vous lui dites, écoute, tu vas aller chercher un boulot, et il dit, oui, oui, oui, et le mois suivant vous dites, écoute, tu ne t’es toujours pas levé, il faut que tu ailles trouver un emploi. C’est quelque chose comme ça, nous avons besoin d’un amour rigoureux, pour que les gouvernements Africains deviennent des partenaires comme les autres, comme je n’ai cessé de la répéter, sur la scène internationale.

Comment y arriver? Ma recommandation est d’avoir une politique explicite et transparente, qui dit que dans un certain intervalle de temps, l’aide va commencer à diminuer. C’est en fait déjà en cours, heureusement pour moi, mais malheureusement pour beaucoup d’autres. C’est en partie à cause de la crise économique, les gouvernements occidentaux serrent leur budgets, et ne donnent plus autant d’aide que de part le passé. Mais nous savons aussi comment l’aide a marché de part le passé dans le cadre du plan Marshall, pour ceux que j’appelle les diplômés de l’aide (des pays comme la Corée du Sud ou le Botswana). Ça a marché quand les gens sont allés avec l’argent, pour une période fixée, puis sont partis. Le plan Marshall, comme je disais précédemment, a duré 5 ans. Le problème en Afrique est qu’il s’agit d’un engagement illimité. Personne ne veut avoir une discussion à propos de la fin de l’aide en Afrique. Les gens montent toujours sur leurs grands chevaux et se mettent à crier que je tue les enfants Africains, même quand je ne fait que suggérer que nous devrions avoir une discussion sur la fin de l’aide. Une fois encore, je cite le président Kagame ici, il disait “le seul type d’aide qui marche en Afrique est celui qui s’assure de ne pas exister dans le futur.”Personne n’en parle, tout le monde pense que l’aide devrait continuer, aucune discussion sur sa fin.

Je vais terminer ici avec une citation d’un ami à moi, un ami Nigérian, qui m’a vraiment découragée d’écrire ce livre. Il m’a dit, tu sais, c’est complètement une perte de ton temps, pourquoi tu fais ça, tout le monde sait que l’aide ne marche pas, tu devrais te demander pourquoi ces personnes continuent à soutenir la politique d’aide en Afrique, quand ils savent qu’elle ne marche pas. J’ai parlé de long en large de la citation de George Bush à propos de la barre placée très bas pour l’Afrique, et finalement, il me dit: “L’Afrique est au développement ce que Mars est à la NASA.” Chaque année, nous dépensons des centaines de millions de dollars en recherche, expériences, analyses au sujet de Mars, de l’Afrique, mais en réalité, personne ne croit que nous vivrons un jour sur Mars, et le problème fondamental, est que personne ne croit que l’Afrique se développera un jour.

Mesdames et messieurs, merci beaucoup pour votre attention, c’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.

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